Après les Américains l'an dernier, ce sont des chercheurs québécois cette fois qui le confirment : le nombre de décès des suites d'un cancer de la prostate est en baisse constante depuis 1991.
Au Québec, la mortalité attribuable à ce cancer est de 23 % moins élevée aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1991, et la baisse s'accentue depuis 1995. Trois chercheurs de la
Faculté de médecine de l'Université Laval publient ces résultats dans la dernière édition du
Journal of Urology.
Ces chiffres, en dépit des nombreuses nuances qu'apportent les experts, comportent donc un volet extrêmement encourageant : ils démontrent que deux décennies de campagnes d'information et de prévention commencent enfin à porter des fruits. Car chose étonnante, le cancer de la prostate, lui, ne semble pas en régression : ce sont les
tests de dépistage qui permettent d'en découvrir beaucoup plus qu'avant, parce que de plus en plus de gens s'y soumettent, et c'est ainsi que davantage de vies peuvent être sauvées. «Depuis que la maladie est mieux suivie grâce au test de l'APS (antigène prostatique spécifique, du nom de la protéine que le test de dépistage a pour tâche de détecter et qui serait, selon certains, le signe avant-coureur d'un cancer de la prostate), le traitement hormonal est prescrit plus tôt, ce qui a sans doute entraîné une diminution de la mortalité», explique au Fil des événements François Meyer, chercheur principal de cette
étude.
L'an dernier, une autre étude statistique, américaine celle-là, était arrivée à des résultats encore plus encourageants, parce qu'effectuée à plus grande échelle : entre 1990 et 1995, y apprenait-on, l'incidence de tous les types de cancer étudiés (23 en tout) avait connu une baisse moyenne de 0,7 % par année... alors qu'entre 1973 et 1990, on parlait plutôt d'une hausse de 1,2 % par année! Pour la même période, le nombre de décès était également en baisse, de 0,5 % par année, contre une hausse de 0,4 % par année entre 1973 et 1990.
Dans certains cas, avançait-on dans la revue Cancer, ces chiffres démontraient effectivement que les campagnes de prévention avaient enfin contribué à infléchir la courbe. Dans d'autres, des changements d'habitudes de vie pouvaient facilement être pointés du doigt : en particulier, une diminution de l'usage du tabac, dans le cas du cancer du poumon. À défaut d'avoir un traitement miracle contre le cancer, on se dit qu'on a au moins fait un pas, et même plusieurs, dans la bonne direction.
Soit dit en passant, l'Université Laval semble vraiment une pépinière de recherches de calibre international sur le cancer de la prostate. L'an dernier, c'était une équipe dirigée par le Dr Réjean Labrie qui devenait la première à démontrer que les tests de dépistage APS sauveraient davantage de vies s'ils étaient utilisés systématiquement. Le taux de décès serait réduit de pas moins de 69 % si ces tests étaient généralisés chez tous les hommes de 50 ans et plus, après analyse de données tirées de 8 000 hommes de la région de Québec pendant huit ans. Il subsiste toutefois une controverse scientifique à ce sujet, puisque plusieurs mettent en doute l'efficacité de ce test chez les hommes de plus de 70 ans.
Agence Science-Presse