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Sexualité en tête

Semaine du 8 janvier 2007
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La délinquance sexuelle à l'adolescence

La délinquance sexuelle est un phénomène social qui suscite bien des réactions. Les auteurs sont souvent des hommes et même des adolescents1 . Il ne faut toutefois pas se surprendre que certains adolescents commettent de tels gestes, puisque chez les adultes ayant commis des abus sexuels, une proportion non négligeable d'entre eux mentionnent être passés à l'acte pour la première fois à l'adolescence. 

Nous ne pourrions affirmer que le nombre de délinquants de ce groupe d'âge ait augmenté au fil des ans. Les victimes semblent toutefois encouragées à dévoiler plus rapidement les abus, un éveil de la conscience sociale nous amenant à les prendre plus au sérieux. Voyons donc qui sont ces jeunes qui abusent et quelques-uns des facteurs qui expliquent la délinquance sexuelle à l'adolescence.

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Qui sont ces adolescents ?
À l'instar des délinquants sexuels adultes, les adolescents qui commettent ces abus proviennent de toutes les couches de la société. Un premier de classe, venant d'une famille aisée; un jeune plutôt turbulent venant d'une famille reconstituée; un jeune issu d'une famille plutôt démunie... Tous les scénarios sont imaginables. Ces comportements se déroulent en général à l'insu des adultes, c'est pourquoi les parents sont souvent très surpris d'apprendre que leur fils ait fait «ça». 

Violeurs ou pédophiles ?
Nous avons certaines réserves à parler de «pédophile» ou de «violeur» lorsqu'il s'agit d'un adolescent. Une personne peut avoir commis un geste sexuellement abusif à une reprise et ne plus recommencer... alors que pour une autre ce premier geste ne sera que le début d'une série plus ou moins grande de comportements du même acabit. Donner une étiquette à un adolescent serait, selon nous, une forme de constat d'échec. «Tu es un pédophile!» À l'opposé : «tu as eu un comportement abusif» lui donnerait, selon nous, l'espoir de ne pas récidiver. 

Un fait est tout de même à noter, les comportements sexuels entre frères et sœurs ne sont pas à minimiser. «Jouer au docteur» vers 3-4 ans, c'est-à-dire observer les différences et les similitudes sexuelles peut être éducatif si les enfants concernés ont sensiblement le même âge et sont les seuls à avoir commencé ce jeu d'exploration. Toutefois, lorsque la différence d'âge est de plus de 4 ans, que l'un des deux est en relation de pouvoir (le gardien, le grand frère...) et que le comportement est génital (tentative de pénétration avec le pénis, le doigt ou un objet; contact oral-génital), il y a alors matière à s'interroger sérieusement.

À qui la faute ?
Trop souvent, les parents de ces jeunes sont montrés du doigt. «Ils ont sûrement une sexualité débridée», «Ils sont sûrement trop permissifs»... Comme pour tout phénomène qui bouleverse la société, on s'empresse de vouloir trouver des coupables pour que l'affaire soit classée. Néanmoins, les parents ont ni plus ni moins d'impacts sur ce problème que d'autres facteurs internes et externes au jeune. En fait, nous dirions que la délinquance sexuelle s'explique par un ensemble de raisons. En thérapie, il est alors bien d'investiguer ces éléments afin de comprendre la dynamique de la personne. Par exemple, si le jeune abuseur a été témoin de matériel sexuellement explicite (films, revues, Internet) et que cette expérience a été troublante au point où il ne peut se concentrer sur autre chose (école, amis, activité...), cette information peut être une piste d'intervention intéressante en thérapie.

l'abusé deviendra abuseur?
Bien qu'un bon nombre de délinquants sexuels affirment avoir été victimes d'abus durant leur enfance, la croyance selon laquelle «l'abusé deviendra abuseur» est véhiculée à tort selon nous. d'après ce dicton, le fait d'avoir été victime d'abus expliquerait ou excuserait les comportements de cette personne. À cela, nous opposons qu'un bon nombre d'enfants (garçons et filles) subissent un abus sexuel, mais ne deviennent pas nécessairement abuseurs.

l'intimité, connaît pas!
Le jeune a-t-il appris à respecter l'intimité des autres? A-t-il des moments dans la journée où il peut se retrouver seul physiquement et psychologiquement? Lorsqu'il prend son bain, entre-t-on dans la pièce sans frapper? A-t-il un membre de sa famille qui fouine dans ses affaires (journal intime, sac d'écolier...). Tenter d'expliquer l'importance de l'intimité à un jeune qui n'a pas d'intimité chez lui est peine perdue.

Parlons de sexualité sous toutes ses facettes
La période de l'adolescence est chargée de questionnements. On arrive rapidement à parler de contraception et de maladies sexuellement transmissibles. Mais qu'en est-il du DÉSIR et des HORMONES? C'est alors que la sexologue clinicienne peut devenir une personne-ressource. Elle sera à même de voir avec les parents et le jeune ce qui se passe au niveau émotif et sensoriel durant cette période de la vie où tout, ou presque, est remis en question. 

Ses désirs, ses fantasmes, ses érections spontanées... Tout peut devenir confus. Si on y ajoute, par exemple, de mauvaises conceptions face à la sexualité (les doubles standards, les stéréotypes sexuels) et une notion erronée du concept de consentement, la difficulté d'entrer en relation avec d'autres jeunes, une faible estime de soi, une difficulté à prendre sa place et à gérer ses conflits, le cocktail pourrait alors devenir explosif. 

Tout est possible
Comme nous l'avions mentionné plus haut, plusieurs causes peuvent expliquer qu'un jeune se livre à un ou des abus sexuels. Par exemple, il peut avoir appris qu'il était acceptable d'avoir des comportements sexuels abusifs, ou bien il ne comprend pas la notion d'intimité et de consentement, ou encore il ne sait pas comment gérer ses pulsions. Toutefois, peu importe la raison qui les motive, de tels comportements sont inacceptables. Néanmoins, si la situation d'abus est abordée adéquatement par un adulte de son entourage et si l'adolescent est conscient d'avoir un problème, il peut effectivement s'en sortir... et devenir un adulte avisé.


Candy Carrier M.A.
Sexologue clinicienne et psychothérapeute
Membre de l'Association des sexologues 

Association des sexologues du Québec 
Téléphone : (514) 270-9289
Courriel : asq@qc.aira.com


1 Le présent texte concerne seulement la délinquance sexuelle au masculin.



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