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Question 1 : Bonjour, je ne sais pas si vous pourrez m'aider. Il y a deux ans j'ai été victime de viol et on m'a sodomisée. J'ai un amoureux qui est merveilleux, on s'entend très bien. Il a pris le temps qu'il faut, il a été patient. Côté relation sexuelle, tout va bien, mais il aimerait bien essayer la sodomie et je n'y arrive pas même si je voudrais tant lui faire plaisir. Comment pourrais-je lui faire comprendre que ça fait remonter trop de souvenirs douloureux en moi sans le blesser? Dès qu'on en parle, j'ai le goût de pleurer et de vomir. Si vous avez un conseil, il serait très apprécié car on s'aime énormément. Il dit qu'il me comprend mais je ne trouve jamais les bons mots pour lui expliquer ce que je ressens. Merci à l'avance.
Anna
Question 2 : Bonjour, je m'appelle Maria, j'ai 35 ans, je suis mariée et mère de 3 enfants. Mon problème est le suivant. Depuis 3 ou 4 ans, je souffre d'absence de lubrification vaginale pendant les rapports sexuels et d'absence de désir, et de ce fait, je me refuse à mon mari (qui est compréhensif et attend patiemment). À l'âge de 5 ou 6 ans, j'ai été victime d'inceste. J'avais complètement oublié ce passage de ma vie, mais il m'est revenu en mémoire d'un seul coup il y a de cela quelques années. J'aimerais savoir si mon problème est une conséquence de cet acte et ce que je dois faire si toutefois on peut m'aider. Vous êtes la première personne (à part mon mari) à qui j'ose en parler. Maintenant, je sais que cela pose vraiment problème dans mon couple. Merci de m'aider.
Maria
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Bien que ces deux lettres aient été écrites par deux femmes différentes et qu'elles présentent des problèmes distincts, je me permets de les publier ensemble car elles me donnent l'occasion de traiter d'un thème important : les impacts négatifs des traumatismes sexuels sur la sexualité. Le sujet sera abordé du point de vue des femmes victimes puisque les lettres proviennent de femmes, mais il faut savoir que des hommes aussi peuvent être victimes d'agressions ou d'abus sexuels.
En consultation sexologique, il n'est pas rare que l'on décèle des traumatismes sexuels derrière les problèmes sexuels pour lesquels les personnes viennent consulter. Face à la sexualité, mais aussi vis-à-vis des situations d'abus, les victimes vivent souvent des sentiments ambivalents : plaisir, dégoût, culpabilité, désir, honte. Comme l'expriment Anna et Maria, des problèmes sexuels peuvent en découler : perte de désir sexuel, difficulté à lubrifier, refus ou aversion envers certaines pratiques sexuelles, etc. Bien entendu, tous les traumatismes sexuels ne conduisent pas à ces symptômes; et certaines personnes verront même leur sexualité peu affectée. Il est important de retenir que les séquelles varient d'une personne à l'autre et qu'elles dépendent entre autres des facteurs suivants : le type d'abus ou d'agression, l'âge de la victime, la présence ou l'absence de force physique, la durée de l'exploitation sexuelle, ce que la personne a fait pour aller chercher de l'aide, etc. Ce qui importe est de ne pas ignorer les conséquences et de chercher de l'aide, comme vous le faites, Anna et Maria.
Cela étant posé, je tiens à m'adresser plus personnellement à chacune de vous.
Anna, vous dites ne pas trouver les bons mots pour expliquer votre douleur à votre conjoint. Pourtant, votre corps dit beaucoup : avoir envie de pleurer et de vomir lorsque vous abordez le sujet de la sodomie avec votre conjoint devrait à mon avis être suffisant pour qu'il comprenne que cette pratique ne vous convient pas. Vous devez absolument respecter votre limite. Je comprends que vous désiriez faire plaisir à votre amoureux, mais cela ne doit pas se faire au détriment de votre propre plaisir. D'après ce que vous me dites, vous n'êtes pas disposée à revivre l'expérience de la sodomie, même dans un contexte amoureux. Tant que ces souvenirs seront aussi douloureux pour vous, non seulement vous, mais votre conjoint, devrez respecter cette limite dans vos pratiques sexuelles.
Maria, comme vous l'avez compris vous-même, le retour du souvenir de l'inceste que vous avez subi semble avoir un lien avec l'apparition de votre difficulté à lubrifier. Bien qu'il ne faille pas négliger les facteurs physiologiques ou médicamenteux reliés à votre problème (une évaluation médicale pourrait vous aider à déterminer la présence ou l'absence de ces facteurs), votre intuition est tout à fait plausible et mérite que l'on y porte attention.
Reconnaître les difficultés qu'ont engendrées des traumatismes sexuels et être décidée à s'en sortir sont les premières étapes de la guérison. Toutefois, il peut être difficile d'y arriver seule, notamment à cause des sentiments ambivalents associés à ces souvenirs douloureux. Aussi, ces souvenirs, comme vous l'exprimez d'ailleurs, ont des impacts sur la relation avec le conjoint. Il est important que celui-ci sache que guérir demande du temps.
En parler, avoir accès à un lieu pour exprimer tout ce que ces événements vous ont fait vivre, tant dans votre corps qu'au niveau émotif, peut s'avérer très bénéfique, voire nécessaire. À ce sujet, il existe différentes ressources pouvant répondre à des besoins variés, notamment des thérapies individuelle et de groupe.
Outre les sexologues, d'autres ressources peuvent vous aider. Pour connaître les services offerts dans votre région, je vous recommande de contacter votre CLSC ou encore le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), par téléphone au (514) 529-5252 ou par courriel
rcalacs@qc.aira.com.
Kathia Fournier, M.A.
Sexologue clinicienne et psychothérapeute
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