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Le drame se dessine. Le joueur vit dans un délire onirique. Convaincu de la possibilité de se « refaire » entre les pertes, il perd totalement le sens de la réalité. Ce que l'on voit à ce moment, c'est que le joueur pathologique a besoin de sensations de plus en plus fortes et explore des sentiments contradictoires : espoir et désespoir se suivent à une cadence infernale. Tout discours de sagesse est inaccessible. C'est comme s'il se dédoublait : il entend, il écoute, comprend sa ruine, se fustige moralement, mais c'est une partie de lui-même qui reçoit le discours, l'autre partie ne le reconnaissant point. Le joueur est coupable, il accepte les reproches mais n'en tient pas compte. De toutes les façons, sa ruine financière est le moyen de payer sa faute. Le jeu est un refus de liberté, il met son destin à la merci du hasard. Seul devant sa machine, il redevient un enfant, régresse, marginalisé du monde des adultes. Il faut bien comprendre qu'actuellement au Québec, la plupart des joueurs compulsifs se retrouvent devant des vidéo-poker depuis que cette pratique a été légalisée. Nous parlons donc toujours d'êtres solitaires, émotivement désemparés, fuyant la réalité et mentant aux autres pour satisfaire ce besoin d'évasion. Nous en arrivons ainsi à la troisième phase, que l'on peut qualifier de désespoir et de souffrance.
La vision de la déchéance ne permet plus de vivre avec dignité le quotidien. Rejeté du milieu familial, ou s'en expulsant lui-même, il ne reste plus qu'à fuir pour ne pas faire souffrir ceux que l'on aime. Le jeu est toujours là mais avec un goût de mort. À ce moment-là, s'il ne cherche pas de l'aide, le joueur cherche à travers le jeu sa propre destruction, une forme de suicide. Il ne reste plus qu'un enfant désarmé devant le précipice dans lequel il a envie de se jeter.
Gérer ses émotions
La guérison de ce mal d'être profond demande que le joueur soit pris en main, mis en tutelle. Elle exige également de remonter aux sources réelles de cette pulsion maladive au moyen d'une thérapie qui lui apprendra à se pardonner avant de demander le pardon des autres. La roue du destin tourne encore une fois, le joueur n'est plus dans le coup. L'intensité de sa détresse, de sa souffrance l'obligera, s'il veut survivre, à passer d'un état où, au lieu d'être dominé par ses émotions, il devra les gérer. Il en viendra à comprendre qu'en tant qu'adulte, la part de rêve qui est en nous n'est pas dans l'évasion mais dans la réalisation de passions positives.
Critères diagnostiques du DSM-IV pour le jeu pathologique
1. Préoccupation par le jeu (ex. : préoccupation par la remémoration d'expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines ou par les moyens de se procurer de l'argent pour jouer).
2. Besoin de jouer avec des sommes d'argent croissantes pour atteindre l'état d'excitation désiré.
3. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.
4. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d'arrêt de la pratique du jeu.
5. Joue pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (ex. : des sentiments d'impuissance, de culpabilité, d'anxiété, de dépression).
6. Après avoir perdu de l'argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes (pour « se refaire »).
7. Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d'autres pour dissimuler l'ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
8. Commet des actes illégaux tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d'argent pour financer la pratique du jeu.
9. Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d'étude ou de carrière à cause du jeu.
10. Compte sur les autres pour obtenir de l'argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu. |
Septembre 1998
(Extrait du Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-IV), p. 181 et 618) © Service Vie inc., 1998-2007. Tous droits réservés. Tous droits réservés. Tous droits réservés © Médias Transcontinental inc., 2003 | Politique d'utilisation | Politique de confidentialité
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