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Passer du refus de liberté à la réalisation adulte de passions positives.
«Ce qui était plaisir devient idée fixe, ce qui était évasion devient obligation, ce qui était divertissement devient passion, obsession et source d'angoisse.» R. Callois
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Tous les éléments d'une émotivité exacerbée sont définis dans cette introduction. Passion, obsession et source d'angoisse peuvent résumer l'obsession du joueur, sa dépendance, et ceci en plusieurs phases. La première est la phase euphorique; le processus est toujours le même: la mise par hasard, dans un vidéo-poker, d'un dollar. Avec la sortie d'un gain substantiel, une dépendance se créera instantanément chez certains individus. Le portrait type est une personne de la quarantaine qui n'avait pas l'intention de jouer, mais qui, dans un moment de
désœuvrement, connaît l'émotion d'un gain facile et du même coup, l'euphorie. Les soucis accumulés, les frustrations disparaissent. Il est certain que le sage fermera la porte à une prochaine tentation. Mais hélas, pour celui qui remettait sa vie en question, qui avait soif de nouvelles passions, la tentation est là. Le chemin de la fuite s'ouvre. Cette première phase euphorique, si elle se poursuit, entraîne une surestimation de ses possibilités: le monde est à lui, il lui appartient. Plus de problème, le jeu est la maîtresse ou l'amant suprême. Il répond à l'attente d'un monde impossible, libéré de toutes contraintes. Symbiose tragique entre l'homme et la machine.
Fébrilité, destin unique et béatitude
Détaché du commun, de l'ordinaire, une fébrilité le gagne entre les périodes de jeu. Cette surestimation tue le sens de la réalité, le salaire devient trop bas, les problèmes familiaux sont dérangeants. Les besoins financiers pour alimenter ce veau d'or font oublier les obligations les plus élémentaires. La porte est ouverte pour descendre dans le gouffre de l'enfer en s'imaginant parfois atteindre le nirvana. Abdication de la personnalité; soumis au destin, le joueur s'imagine paradoxalement, dans cette phase, avoir un destin unique qui le privilégiera en lui apportant la chance. Une certaine béatitude gagne le joueur; tout gain, si minime soit-il, lui fait oublier ses pertes. C'est la recherche de l'instant sublime, au moment où il a l'impression de triompher de la machine, qui fait disparaître toutes les désillusions. l'émotivité est à son comble, un dynamisme nouveau prend naissance, le joueur ne peut vivre sans cette drogue qui est le jeu. Un certain narcissisme se développe. Le joueur plane de plus en plus au-dessus des contingences matérielles. l'argent, au moment du gain, devient le symbole d'une libération, d'une puissance. Quand il y a perte, on arrive à la deuxième phase que l'on qualifiera d'accélération du jeu.
François de Vernal, psychanalyste et psychothérapeute
L'auteur est aussi président de l'Association d'intervention et de prévention du jeu pathologique (AIPJP), tél. : (877) 693-1197
© Gazette officielle des thérapeutes, édition juillet/août 1999, tél.: (514) 939-2534
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