Pas facile, la vie à deux. On a l'impression, au début, que c'est pour la vie. Puis, peu à peu, souvent la déception s'installe. La thérapie de couple peut-elle aider? Nous l'avons demandé à Lise Denis, psychologue clinicienne qui pratique dans l'ouest de Montréal.
Service Vie. Comment la thérapie de couple fonctionne-t-elle?
Lise Denis. La première fois, on reçoit habituellement les deux conjoints ensemble. Il est essentiel de pouvoir évaluer leur manière de s'exprimer, de communiquer et d'interagir. Je leur demande de me parler des difficultés qu'ils vivent, en essayant de faire comme si je n'étais pas là... Ainsi, je peux déterminer qui écoute ou n'écoute pas, qui est soumis ou dominant, qui comprend l'autre ou pas, etc. Ces attitudes seront prises en considération tout au long du processus thérapeutique, dont l'un des objectifs est justement de permettre aux personnes de communiquer plus adéquatement.
Il arrive que la deuxième rencontre se fasse en solo. J'invite alors la personne à parler de son histoire personnelle qui, évidemment, peut avoir une influence sur son comportement actuel. Ensuite, retour au duo. La majorité des couples viennent pour une dizaine de rencontres. Certaines personnes choisissent de poursuivre leur démarche dans le cadre d'une thérapie individuelle.
S. V. Qui vient vous consulter?
L. Denis. Il n'y a pas de profil particulier. Néanmoins, les couples qui font appel aux services d'un thérapeute traversent habituellement une crise. Celle-ci peut avoir été déclenchée par d'importants changements affectifs, la découverte d'une relation extra-conjugale ou, encore, par des difficultés sexuelles qui perdurent. D'ailleurs, ces dernières sont plus souvent la conséquence de problèmes relationnels. Quand la colère, la tristesse ou le ressentiment prennent le dessus, il y a fluctuation du désir de l'un ou l'autre partenaire, sinon des deux, ce qui influence la vie sexuelle.
S. V. Pourquoi vient-on vous voir?
L. Denis. La première raison, c'est que les partenaires n'éprouvent plus autant d'amour qu'avant. Cela peut découler directement des difficultés de communication qu'ont les partenaires. Le second mobile, c'est la baisse de libido, qui est souvent le lot de la femme. Le troisième motif, ce sont les chicanes à répétition.
Certaines mésententes peuvent être la conséquence de difficultés personnelles. J'ai constaté, à maintes reprises, que plusieurs personnes entretiennent des illusions face à la vie commune; les attentes irréalistes ne sont pas rares. Certains croient, par exemple, que l'amour sera tout aussi passionné après quelques années qu'au début des fréquentations. Mais, au commencement d'une relation, on a tendance à percevoir l'autre comme on voudrait qu'il soit. Au fil du temps et du quotidien, on découvre qu'il ou elle n'est pas tout à fait comme on l'imaginait au départ. S'ensuit une perte d'illusions qui peut désarçonner complètement la personne et faire très mal.
Dans notre société axée sur le plaisir, plusieurs personnes ont de la difficulté à franchir les étapes difficiles qui jalonnent inévitablement toute vie commune. De plus, les vieux stéréotypes ne sont pas tous morts. Parmi les femmes qui me consultent, il y en a qui, inconsciemment, souhaitent encore un prince charmant prêt à prendre soin d'elles et capable de les rendre heureuses. La nature féminine étant ce qu'elle est, la femme a aussi tendance à s'investir davantage que l'homme dans une relation de couple, alors que l'homme - parce qu'il est ce qu'il est - s'engage surtout au chapitre du travail. Les femmes aiment être devinées, enveloppées de petites attentions...
Malheureusement, une telle attitude n'est pas nécessairement dans la nature du conjoint. Don Juan n'est pas mort, non plus! Je ne veux pas laisser sous-entendre que l'homme n'investit jamais dans sa relation de couple. Mais la femme a souvent plus d'attentes que lui. Elle est donc plus souvent insatisfaite, ce qui la conduit plus fréquemment à être à l'origine des remises en question, des démarches de nature thérapeutique, ainsi que des séparations.


