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Semaine du 6 février 2006
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Les fibromes de l'utérus

N'importe quel organe du corps humain peut être envahi par les fibromes. Ce sont des tumeurs bénignes faites de tissu fibreux pur (fibroblastes) enroulé sur lui-même, sauf dans l'utérus, où s'ajoute du tissu musculaire. Ces masses molles ou dures restent microscopiques ou poussent jusqu'à devenir de la taille d'un gros pamplemousse. Elles se développent le plus souvent en groupes et ne sont cancéreuses que dans 0,02 % des cas, ou pour ainsi dire presque jamais.

Le myome (nom du fibrome quand il s'attache à l'utérus) peut se développer n'importe où, sur ou dans l'utérus. Le sous-muqueux pousse à l'intérieur même de l'utérus et entraîne souvent saignements et hémorragies. L'utérus essaie de l'expulser comme un corps étranger, d'où douleurs et infections sévères. Le sous-séreux pousse à la surface de l'utérus et ne se fait sentir que s'il devient gros. Le fibrome interstitiel croît dans l'épaisseur du muscle de l'utérus et le déforme. Tant qu'il reste petit, rien à craindre. Mais gros, il peut obstruer les trompes de Fallope et nuire à la fécondité.

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Pourquoi des fibromes?
Leur origine reste inconnue. Dans les milieux informés, on estime que les œstrogènes stimulent leur croissance. Pour preuve, les fibromes prennent du volume durant la grossesse et quand la femme avale des pilules anticonceptionnelles. Ils régressent après la ménopause, quand chute justement la production d'œstrogènes. Il n'est pas rare qu'une mère et ses filles partagent cet ennui gynécologique d'où, probablement, une composante héréditaire. Des chercheurs américains pensent que les cellules mêmes du fibrome captent les œstrogènes.

Qui est touché?
Environ une femme sur trois, tous âges confondus, développe des fibromes à l'utérus. C'est plus fréquent toutefois chez les femmes vieillissantes et n'ayant pas eu d'enfants, et plus rare chez les jeunes dans la vingtaine. Mais attention: ces chiffres comptent aussi les fibromes révélés par autopsie ou lors d'une autre chirurgie. Nuançons donc les conséquences: sur 100 femmes atteintes de fibromes, 80 à 90 n'éprouvent aucun symptôme ou des symptômes très légers, en rien incommodants. Seulement cinq à dix d'entre elles ont des problèmes assez importants. Quant à celles qui doivent envisager la chirurgie, la proportion tombe à cinq femmes environ.

Sent-on la présence des fibromes?
Les symptômes varient considérablement en nombre et en intensité. Douleurs abdominales, pelviennes ou lombaires, ballonnements, stérilité, pertes sanguines anormales par leur aspect, leur quantité et le moment, constipation, mictions fréquentes, voilà les signes qui devraient vous mettre sur leur piste. Les gros fibromes donnent une sensation de lourdeur tandis que les petits peuvent se manifester plus sournoisement. Si vous éprouvez un ou plusieurs de ces symptômes, parlez-en au médecin.

Faut-il opérer?
Rarement. On enlève parfois de petits fibromes parce qu'ils sont mal placés tandis qu'on en tolère des gros qui ne causent pas de problèmes. Les moyens et les gros peuvent appuyer sur la vessie ou comprimer les intestins, déformer l'utérus, entraver la fécondité ou susciter des fausses-couches, selon l'endroit où ils se développent. Les fibromes pédiculaires (montés sur une tige, comme un brocoli), même petits, deviennent extrêmement douloureux quand le pédicule se tord et prive la tumeur de sang; il faut songer à les enlever. Bref, chaque situation doit être soigneusement évaluée par le médecin, chaque cas étant unique.

Une fois les fibromes détectés, la suite peut prendre quatre formes. Surveiller et attendre. Pratiquer une myectomie classique, soit enlever un par un tous les fibromes par chirurgie, laparoscopie ou voie vaginale. Pratiquer la chirurgie réparatrice des organes féminins, qui consiste à enlever les fibromes non seulement externes mais aussi dans l'utérus à l'aide d'une seule incision au laser qui atteint tous les fibromes et à reformer ensuite l'utérus. Enfin l'hystérectomie, soit l'ablation totale de l'utérus. Par leurs multiples pressions, les femmes ont heureusement freiné les bistouris trop radicaux. On réserve de nos jours «la grande opération» aux rares fibromes qui font dégénérer les hémorragies en anémie, à ceux qu'on soupçonne d'être cancéreux ou aux fibromes hérissés de multiples petits fils microscopiques invasifs, que le chirurgien doit couper un à un. Un travail si délicat et complexe qu'il décide parfois que l'hystérectomie reste le plus court chemin vers la guérison. Les chirurgies moins invasives sont d'autant plus indiquées que les fibromes ne récidivent que dans 2 à 3 % des cas.


Puis-je avoir un bébé si j'ai des fibromes?
Normalement oui, mais il y a des cas plus compliqués. Les niveaux d'œstrogènes étant plus élevés durant la grossesse, il se peut qu'un fibrome grossisse vite et nuise au bébé: celui-ci peut manquer d'espace, être malformé, occuper une mauvaise position (siège par exemple), ou voir sa porte de sortie bouchée. Si, durant la grossesse, le fibrome grossit plus vite que les vaisseaux qui le nourrissent, la future mère ressent beaucoup de douleur et risque un travail prématuré. Le fibrome peut enfin retarder la contraction de l'utérus après l'accouchement, d'où risque accru d'hémorragie post-partum. Mais les progrès spectaculaires de l'échographie durant les dix dernières années font que 97 % des Québécoises enceintes subissent cet examen entre la 18e et 20e semaine de grossesse. On détecte ainsi tous les fibromes, même les petits de 1 cm. Ce qui, dans une large mesure, prévient aussi les complications.

Guy Sabourin


À lire aussi:
L'hystérectomie (1re partie): comment procède-t-on à l'ablation de l'utérus?
L'hystérectomie (2e partie): pourquoi procède-t-on à l'ablation de l'utérus?


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