Chaque année, la ligne j’Arrête accompagne près de 20 000 fumeurs sur le chemin de la libération. Rencontre avec Suzanne, l’une des 15 spécialistes de ce service.
Au troisième étage de la Société canadienne du cancer, à Montréal, tandis que ses confrères s'activent au téléphone, Suzanne commence sa journée de travail par un appel de suivi à Luc. «J'ai diminué juste de dix, je suis à 40 cigarettes par jour au lieu de 50, répond cet homme dans la cinquantaine. J'ai bien de la misère.»
Arrêter de fumer est un parcours du combattant pour la majorité des fumeurs. Un casque de téléphone sur les oreilles, Suzanne les guide depuis un an vers un quotidien sans tabac. «J'ai moi-même fumé un paquet et demi par jour. Je sais par où on passe», raconte cette ancienne professionnelle de la communication. Sa satisfaction? Être parvenue à ce que plusieurs personnes cessent de fumer.
Des plans d'action personnalisés
Principale difficulté rencontrée pendant la renonciation au tabac: les symptômes de sevrage. De l'anxiété à l'insomnie, en passant par la toux, l'irritabilité, la constipation ou la déprime, ils sont autant physiques que psychologiques. «La cigarette comprend 4 000 produits chimiques en plus de la nicotine: elle modifie le fonctionnement du corps de la pointe des cheveux au bout des orteils», explique Suzanne.
Pour aider les interlocuteurs à surmonter ces symptômes, les conseillers de la ligne j'Arrête suggèrent des aides pharmacologiques, comme les substituts à la nicotine ou les médicaments (varénicline, bubroprion, etc.). «Mais leur utilisation combinée avec le counseling téléphonique augmente les chances de réussite [1]», insiste Suzanne. Les spécialistes peuvent aussi proposer un abandon progressif. «C'est selon les personnes que nous avons au bout du fil. Certaines sont sécurisées d'y aller une étape à la fois; d'autres sont capables d'arrêter du jour au lendemain, car elles sont déjà dans la phase de l'action.»
Le piège pour tout fumeur en cours d'arrêt tabagique ou tout ex-fumeur? L'envie irrésistible d'une cigarette. «Certaines des personnes que j'ai au téléphone n'avaient plus fumé depuis 10 ans avant de rechuter.» Suzanne explique: «La cigarette, c'est comme l'eau qui coule de la montagne: elle creuse un sillon indélébile dans le cerveau de l'individu.»
La fin du repas, un stress, une peine refoulée ou encore la colère peuvent être les déclencheurs d'un besoin irrépressible de fumer. Le rôle de Suzanne? Aider le fumeur à découvrir à quels besoins ses envies de fumer correspondent. En fonction de ceux-ci, Suzanne met en place un plan d'action avec le fumeur.

