Pourquoi vouloir vieillir?

Même en partant gagnant, on sait que la vieillesse viendra à bout de notre belle allure. Et il n'y a plus aucune valeur accordée à la vieillesse. Les vieux sont trop nombreux. Leur expérience n'est plus utile face aux nouvelles technologies. Ils sont un poids économique énorme pour la société. Leur mémoire du bon vieux temps est de peu d'intérêt. Tout a été écrit, enregistré, filmé et photographié sur leur passé. On les oblige à prendre leur retraite pour laisser la place aux jeunes même s'ils sont encore capables de travailler.


Dans ces conditions, dites-moi qui, avec un minimum de lucidité, n'a pas peur de vieillir? Pour finir dans un centre d'accueil aux allures de mouroir, un bain par semaine, à se faire laver les fesses par une jeune personne au tutoiement de polyvalente?


On ne craint pas la mort, mais on a une peur morbide de la souffrance qui accompagne la vieillesse; testament biologique et assistance au suicide demandés. Avec raison: décrépitude physique et intellectuelle, souffrance physique et plus encore morale, solitude, pauvreté, abandon.

Autrefois on sublimait tout cela dans l'attente du bonheur éternel. Maintenant, il n'y a plus de péchés, plus d'enfer. On vient tout juste d'abolir les limbes. On a donc toutes les raisons de douter de l'existence du ciel.


Alors, on essaie par tous les moyens de se rendre directement à la mort en sautant l'étape de déliquescence qui la précède. Divers moyens sont offerts, allant des plus «soft» jusqu'à la chirurgie, pour préserver et restaurer notre intégrité physique.


Malheureusement, il restera toujours des bonnes âmes pour nier aux autres le droit de faire ce qu'ils veulent de leur corps, comme si les préoccupations physiques excluaient les préoccupations intellectuelles et morales.