L'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec (ASCPEQ), l'Association des radiologistes du Québec, l'Association des radio-oncologues du Québec ainsi que les chirurgiens oncologues s'entendent pour dénoncer cette technique qui consiste à prélever, par liposuccion, des cellules graisseuses dans une région du corps pour ensuite les injecter dans les seins.


Non reconnue par le Collège des médecins du Québec et par la Société américaine de chirurgie plastique et reconstructive, l'augmentation mammaire par transfert de gras est encore à un stade très expérimental. Les résultats de la seule recherche menée et publiés actuellement n'ont pas permis de définir clairement l'efficacité et les effets à long terme de cette technique.

On craint que le cancer du sein soit plus difficilement détectable: le gras directement injecté dans la glande mammaire peut créer des calcifications mimant un cancer et la présence de ces masses peut nuire à l'examen clinique des seins.

On craint également que les cellules graisseuses, sachant maintenant qu'elles contiennent des substances pro-cancérigènes, pourraient favoriser, lorsqu'injectées dans le sein, le développement de certains types de cancer. De plus, l'efficacité de cette technique n'est pas démontrée: le gras peut se résorber complètement ou partiellement, laissant un sein déformé.

Une technique controversée qui n'est pas recommandée

La popularité soudaine de cette controversée technique, récemment pratiquée par un omnipraticien, inquiète ces médecins spécialistes. « Trop de questions sont encore sans réponse. Il est encore beaucoup trop tôt pour permettre cette technique en dehors d'un strict protocole de recherche. On ne veut surtout pas répéter les erreurs vécues avec les implants mammaires au silicone qui ont été utilisés avant d'obtenir les véritables réponses sur leurs impacts à long terme », affirme le président de l'ASCPEQ, le Dr André Chollet. Sans toutefois fermer la porte aux recherches dans ce domaine, les spécialistes s'entendent pour dire qu'il faut agir avec prudence, curiosité et scepticisme. « Nous verrons dans les années à venir si les recherches et les évaluations confirment l'efficacité et la sécurité de cette technique, ce qui n'est pas encore le cas actuellement. Nous ferons alors les recommandations qui s'imposent », ajoute le Dr Chollet.

La seule étude sur le sujet a été réalisée par le chirurgien plasticien américain Dr Sydney Coleman et portait sur dix cas, Il concluait que des analyses prospectives seraient nécessaires pour mieux définir les indications et les résultats de cette technique. Jusqu'à présent, le transfert de gras est principalement utilisé par les chirurgiens plasticiens pour des corrections mineures (adoucissement de rides, réparation de cicatrices) ou de contour.


Dans le contexte actuel, les spécialistes croient que toute injection de substance, dont les cellules graisseuses dans le sein, doit être faite seulement dans un contexte strict de protocole de recherche. Ils recommandent donc aux Québécoises de ne pas recourir à cette technique.