L'heure du lunch: une course contre la montre

La cloche sonne l'heure du lunch. Le ventre d'une centaine de petits écoliers crie famine, mais pourtant près de la moitié d'entre eux devront attendre encore 20 minutes avant de se rassasier. Souvent, les élèves du primaire sont séparés en plusieurs groupes, faute de locaux disponibles. Le temps doit alors être savamment divisé et compté. Résultat: le dîner devient une course contre la montre.

Les élèves du premier groupe se font presser pour terminer leur sandwich, leur dessert et nettoyer leur plateau dans un laps de temps chronométré: 15 minutes. Sans parler de ceux qui doivent faire la file d'attente pour réchauffer leur repas. Une trentaine d'élèves, un seul four à micro-onde...

Nul besoin d'être calé en mathématiques pour saisir que le temps et les ressources sont des denrées rares en milieux scolaires. Les élèves doivent faire un choix entre manger froid ou manger trop vite. La plupart engloutissent leur repas à la vitesse de l'éclair, contrevenant malgré eux à tous les bons conseils prodigués par les professeurs et les nutritionnistes.

Des écoles de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois dans l'ouest de Montréal ont même entrepris de retirer les micro-ondes de leur cafétéria au début de l'année 2009. La gestion des appareils a été jugée trop complexe après une lettre du Service de nutrition de la commission scolaire rappelant les règles à suivre pour assurer la bonne température des plats et éviter les intoxications alimentaires.

Les élèves du second groupe sont moins restreints par le temps, mais plus affamés. Les éducateurs ont alors droit à un rappel du spectacle de petits gloutons. À ce rythme, n'importe quel lunch santé perd en qualité. Le système d'éducation parviendra peut-être à réduire l'obésité juvénile, mais ce ne sera pas sans s'exposer à remplacer ce fléau par une propagation du stress juvénile. Il subsiste encore trop de contradictions entre la volonté et la pratique.