Se priver pour mieux succomber 

Pour les élèves du secondaire, les initiatives restrictives du gouvernement risquent de ne pas être plus efficaces. Une fois qu'il n'y aura plus aucune trace de fritures, de boissons gazeuses ou de croustilles dans les écoles du Québec, les ados auront toujours la liberté d'aller au dépanneur ou au casse-croûte du coin pour rassasier leur envie de gras trans.

Dans ce cas-ci, la modération aurait certainement meilleur goût que la privation. À trop vouloir rendre le contexte alimentaire parfait - avec des ressources imparfaites -, les élèves se tourneront avec excès vers des alternatives alimentaires peu souhaitables. La suppression totale d'une catégorie d'aliments ne s'oppose-t-elle pas justement à ce que l'on tente d'inculquer aux jeunes en matière d'alimentation, soit, le jugement?

L'incontournable budget

Un autre problème majeur, qui relèguera le projet l'École en santé au rang des initiatives dont les résultats seront certainement décevants, est le manque de budget des écoles. Diversifier l'offre alimentaire est un concept rêvé pour initier tous les jeunes aux plaisirs de bien manger. Cependant, le prix d'une cargaison de pogos, de pains et de boulettes de hamburger est certainement moins cher qu'un arrivage de poisson, de légumes et de fromages.

En sortant les poutines des écoles, les dirigeants ont négligé de les remplacer par quelque chose de plus attrayant. Les aliments santé ne doivent pas être offerts au détriment du plaisir de manger, car il ne faut pas perdre de vue que les enfants et les adolescents peuvent être très critiques. La malbouffe devra céder la place à des menus de qualité, sans compromis. Tout un défi en perspective pour les fournisseurs et les chefs cuisiniers, surtout lorsque l'élaboration de repas santé se bute à la bureaucratie et aux contraintes financières.