Les jeux, fournisseur de viande fraîche
La construction d'amphithéâtres témoigne de la popularité grandissante de ces jeux. Le Colisée de Rome, conçu pour 52 000 spectateurs, en est d'ailleurs le vestige le plus célèbre. Les jeux de gladiateurs ont ainsi contribué au rehaussement de l'architecture urbaine (tout comme la construction du stade olympique de Montréal, pour les Jeux olympiques de 1976, visait à revaloriser le quartier populaire d'Hochelaga-Maisonneuve. On en reparlera dans deux mille ans!).
L'expansion de la ville romaine empiétait sur les terres qui lui fournissaient directement sa nourriture fraîche. Le transport était ralenti par la forte densité de population et les nombreuses constructions. La viande restait donc des heures, parfois même des jours, à des températures inadéquates, faute de carrus contecta réfrigérés. Son goût, devenu rance, était dissimulé par un excès d'épices, ou alors la nourriture était séchée, salée ou fumée pour être conservée plus longtemps.
Il est donc possible que les Romains aient utilisé les venationes pour fournir un peu plus de viande fraîche à l'intérieur de la ville. Il était probablement plus simple de donner les animaux vaincus à manger aux habitants que de les maintenir en vie après les jeux - quoique bien peu d'entre eux y survivaient. Les combats avec animaux se déroulant le matin, les bouchers apprêtaient la viande pour les combats de gladiateurs en soirée. La chair pouvait être vendue à la sortie du spectacle, acheminée pour un banquet de nobles ou distribuée directement aux spectateurs.
Se nourrir pour mourir
Les gladiateurs ont aussi pu bénéficier de la viande des venationes. Comme les combats se déroulaient souvent sur plusieurs jours, l'apport en viande augmentait leur réserve d'énergie et leur résistance aux blessures. Le propriétaire des animaux étant souvent le même que celui des gladiateurs, il puisait à même ses ressources pour nourrir «ceux qui allaient mourir pour l'empereur». Autrement, les gladiateurs étaient nourris avec une bouillie d'orge pour les engraisser le plus rapidement possible. Tous ces faits suggèrent fortement que les combats où figuraient des animaux étaient parties intégrantes d'un réseau socioéconomique complexe.

