Prendre le temps de bien manger, c’est un acte politique, militant et citoyen. Un geste conscient qui prouve l’existence de l’âme. Réflexion sur la modernité alimentaire.
De façon caricaturale, on peut dire que le mangeur actuel est guidé par une multitude de critères quantitatifs.
Se dépêcher pour arriver où?
En tête de sa liste: d'abord gagner du temps ou éviter d'en perdre. Manger en pratiquant une autre activité, devant l'ordinateur, en marchant, en téléphonant, dans sa voiture en conduisant, en regardant le dernier épisode de sa série télévisée préférée, etc.
Préparer un repas? D'accord, mais ça doit aller vite. Les étapes de préparation étant une perte de temps, les aliments prêts à l'emploi, précuits, épluchés, cuisinés sont bienvenus. Vive la cuisine d'assemblage! En 10 minutes c'est bouclé, du four à micro-ondes à la dernière bouchée. L'attente entre la faim (ou l'envie de manger) et la satisfaction de ce besoin est raccourcie à son maximum. Dommage, car ce délai permet de vraiment choisir ce que l'on a le goût et le besoin de manger.
Saveurs intenses et répétitives
Avec l'habitude des aliments transformés, les papilles se contentent d'une gamme de saveurs intenses et répétitives: salé, sucré, gras, arômes de simili bacon, d'oignon, de fraise ou de nachos suprême. En quelques secondes, le mangeur est stimulé et satisfait du croquant des barres chocolatées, du croustillant des croustilles, du pétillant des boissons gazeuses, du mou du hamburger. Résultat: le mangeur pressé néglige l'immense subtilité des stimulations sensorielles des odeurs, des saveurs et des textures d'aliments frais que l'on cuisine soi-même.
Attention aux gros formats à bas prix!
Autre critère, en avoir plus pour son argent. Le rapport quantité/prix des aliments achetés ou des plats commandés au restaurant est essentiel à la satisfaction du mangeur moderne. Il choisit des formats supérieurs pour le même coût, des offres promotionnelles 2 pour 1, la table d'hôte tout inclus ou le buffet à volonté. Et pour ne rien perdre de ces aubaines, il mange tout, même s'il est déjà rassasié. Selon l'American Institute for Cancer Research, deux personnes sur trois (67%) terminent leur assiette peu importe la portion servie.

