Jugeons-en d'abord par la quantité de produits issus des moines catholiques: les chocolats pralinés de l'abbaye de Bonneval; les pâtes d'or des moines de Ganagobie; les petits fours à la confiture et les macarons de l'abbaye de Notre-Dame d'Oelenberg; les pâtes aux fruits des soeurs bénédictines de Valognes; les vins de l'abbaye de Lérins; les fromages des abbayes de Tamié, de la Coudre, de Belval ou d'Oka; les génépis, gentiane et autres élixirs végétaux des pères chartreux; les fameux bleuets enrobés de chocolat des frères trappistes de Mistassini, au Lac Saint-Jean; les sept bières trappistes des abbayes de Notre-Dame-De-Scourmont (la Chimay), de Notre-Dame-d'Orval (l'Orval), de Saint-Rémy (la Rochefort), de Notre-Dame-du-Sacré-Coeur (la Westmalle), de Saint-Mixte (la Westvleteren) ou de Koninghshoeven (la Trappe)... Cherchent-ils à nous perdre avec leurs voluptueuses tentations? Le commerce de leurs délices vise-t-il au contraire à nous éprouver au rude péché de la gourmandise?

Enfin, c'est un moine augustinien tchèque qui a nous a légué la recette de l'«hérédité», un plat qui n'en finit plus de faire des petits, et qui est préparé à base de petits pois. Le succès du plat n'est pas dans son goût, mais dans sa durée. 

Pauvreté, solitude et gastronomie

Les adeptes de Saint-Benoît ont choisi la vie monastique qui exigeait que ses membres vivent en autarcie, s'autofinancent et produisent tout ce qu'il leur fallait pour vivre et réaliser pleinement leurs voeux de pauvreté, de silence, de travail et de solitude. D'où les délicieux produits que nous achetons et dont la vente sert surtout à financer leurs oeuvres charitables. 

Augustinien de coeur, mais bénédictin de nom, l'actuel pape, allemand, aurait un faible, dit-on, pour les canederli, sorte de gnocchis au Speck, jambon italien provenant du Haut Adige, pas très loin de l'Autriche. Sa boisson favorite n'est pas la bière, mais le jus d'orange, soit dit en passant.

Rencontrée au début des années 2000 dans une rue de Montréal, la célèbre soeur Angèle, sainte patronne de la gastronomie québécoise, nous expliquait sa relation avec la cuisine, dans son truculent accent vénéto-québécois: «Mes soeurs ont de la misère à comprendre ça, mais mon poêle, c'est mon autel!» 

Il n'y a pas de doute: la bonne cuisine est une action de grâce. 

Lire notre dossier sur les maladies du goût.