Filer à 160 km/h sur sa motoneige, c’est s’amuser dangereusement. Chaque année, des dizaines de motoneigistes perdent la vie ou sont hospitalisés à la suite de blessures ou de traumatismes sévères.
Depuis des années, une maladie sévit au Québec, hiver après hiver: véritable épidémie saisonnière, difficilement contrôlable, elle touche tous les âges, des plus jeunes aux plus vieux. Elle occasionne divers symptômes, et dans certaines circonstances elle peut être fatale, surtout pour les touristes vulnérables.
Maladie galopante, elle enfume les sentiers du Québec de ses relents pestilentiels et ses victimes, comme sous l'effet de quelque gaz hilarant, sont plongés dans une griserie féroce. Voyant défiler ces malades dans le bruit et la fureur, de tranquilles citoyens les vouent aux gémonies, et aux salles d'urgence bondées... Chaque année, cette épidémie impose en effet au Trésor public son cortège d'éclopés à soigner. À défaut d'un nom latin, on désigne cette maladie par une marque de commerce: «ski-doo».
La motoneige: vaincre l'immensité de l'hiver
L'homme a toujours eu un appétit de conquêtes. Si l'époque des grands explorateurs nous fascine, c'est bien parce qu'elle nous fait rêver de nouveaux espaces, de beautés exotiques, de peuples inconnus. Aujourd'hui encore, parcourir des contrées inaccessibles demeure pour l'homme un défi à relever.
Grâce à un véhicule motorisé muni de chenilles et de skis, les grands déserts blancs immaculés ne sont plus inviolables. La motoneige est le fruit d'une époque où l'on croyait que la technologie n'apportait que des bienfaits. Son inventeur, J. A. Bombardier, a assisté, impuissant, à la mort de sa petite soeur qu'aucun médecin n'avait pu secourir en raison de l'épaisse couche de neige qui recouvrait les routes de l'Estrie. Il avait alors eu l'idée d'une machine qui briserait l'isolement forcé des populations enneigées. Née de cette noble intention, la motoneige est à l'origine d'un empire industriel et 80% de ses usagers s'en servent désormais comme moyen récréatif. Et pourtant...
La motoneige qui tue
Chaque année, on déplore un nombre croissant de décès et de traumatismes liés à l'utilisation de la motoneige.
Malgré le coût du carburant, malgré la mauvaise réputation des véhicules récréatifs par leur impact sur l'environnement, malgré la colère des riverains de sentiers excédés par l'incivilité de certains motoneigistes et par le bruit et la puanteur provoqués par ces engins, le nombre de motoneiges immatriculées au Québec est passé de 148 498 en 2001 à plus de 175 000 en 2010! Qui dit augmentation des adeptes, dit forcément augmentation des risques d'accidents et de la pression sur les services de santé.

