De lac en lac

De nos jours, où peut-on boire l'eau directement du lac? Chez nous, mais pour combien de temps? De lac en lac, notre itinéraire nous amène à contourner des presqu'îles, à longer des falaises, à traverser de grandes étendues pour retrouver l'île de notre projet, l'île de notre nuit. La tente installée sur la pointe, le feu de camp qui crépite, nous vivons un moment d'émerveillement, pour ne pas dire de paix. Cela s'inscrit dans notre culture. Si la culture est faite de notre environnement et de notre passé, nous rejoignons ainsi l'histoire de nos ancêtres et celle des Premières Nations.


La plénitude que procure l'isolement devient un silence instructif et réparateur. Il y a beaucoup de calme qui émane d'un simple regard sur l'eau. L'eau est un anti-stress par excellence, elle représente la stabilité, la durée, la continuité. Personne n'est insensible à sa puissance réconfortante. Pour ma part, c'est là, au bout de l'île, assis sur le rocher à regarder l'eau, que j'ai pris plusieurs des décisions les plus importantes de ma vie. C'est là, en regardant profondément en moi, que j'ai trouvé des réponses à mes questions.


Je n'hésitais pas à plonger dans mes pensées pour y rejoindre l'amour, l'amitié, l'engagement, et bien d'autres sentiments trop souvent camouflés. Lorsque la brise de fin d'après-midi se levait, elle remuait la surface de l'eau ainsi que mes pensées, et quand le vent soufflait et la vague venait fracasser mon rocher, il en était de même pour mes certitudes, elles se confrontaient à vouloir s'éclater. En fait, l'eau donnait le rythme à mes réflexions. Le Lendemain, je repartais avec mon canot à la recherche d'un autre rocher, d'une autre île et de la même eau.

L'appel de la montagne

J'écris ces mots au pied des Rocheuses que j'ai connues il y a longtemps, le temps d'un été de mon adolescence. Ces quelques mois de montagne ont donné du relief à mon existence, c'est le cas de le dire!


Je les ai découvertes de nuit, descendant de train à Banff. Sous un ciel étoilé, elles se pointaient au-delà de ma réalité. Je ne pouvais croire qu'elles étaient si hautes, si grandes, et j'ai dû attendre le soleil levant pour voir qu'elles étaient merveilleuses. Ce fût un été très particulier, mon été. J'ai dû apprendre à approcher les cimes avec respect et modestie. Tout en bas, la vallée s'allongeait, sa rivière la suivait dans une verdure indescriptible. Je savais que l'ours partageait le même endroit que j'empruntais, je savais que je serais à bout de souffle à parcourir ces falaises et je me doutais bien que cela allait orienter ma vie.


Ce fut l'été tant espéré et il est encore aujourd'hui celui qui soutient mes projets, celui qui porte le plus grand nombre de souvenirs précieux, celui qui m'a poussé vers la peur et l'émerveillement. Un été de rêve et de réalité.


À relire ces lignes, je me surprends à penser, est-ce vraiment moi qui ai écrit ces mots si doux, si tendres pour cette saison que je considère trop souvent comme un simple entracte dans le grand et majestueux spectacle de l'hiver?