L'habitation intergénérationnelle peut prendre de nombreuses formes selon le partage des lieux communs (maison, appartement, etc.) ou les handicaps en place. Antoinette Rizzotti, directrice des comptes majeurs chez Les cosmétiques Marcelle, et France Benoît, cinéaste de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, nous confient comment leurs familles vivent l’expérience d’habiter sous le même toit.
GEORGETTE DUCHAÎNE: France, comment votre famille en est-elle arrivée à l'habitation intergénérationnelle?
FRANCE BENOÎT: Cette histoire commence avec ma soeur Caroline. Elle et son mari Stéphane avaient décidé de construire ici à Marieville une maison dans laquelle nos parents allaient vivre avec eux. Nos parents, qui avaient 73 et 70 ans et qui étaient en bonne santé, commençaient à trouver leur maison trop grande à entretenir. C'est là que mon cousin Mario entre en scène. Il propose d'agrandir la maison qu'il occupe déjà avec sa famille et d'ajouter deux appartements. C'est ce projet qui l'a remporté. C'est là que nous sommes actuellement et où je vis quand je viens voir ma famille. C'est formidable. Je n'ai pas à aller loin: tout le monde vit sous le même toit!
G. D.: Et pour vous Antoinette, comment cela s'est-il passé?
ANTOINETTE RIZZOTTI : Pour moi, ça s'est passé sensiblement comme pour France. Au départ, j'avais décidé de trouver une maison où mes parents et moi allions vivre ensemble. Je pensais à la vieillesse, à la maladie qui ne manquerait pas d'arriver et je me suis dit que la vie serait beaucoup plus simple si on vivait ensemble.
G. D.: Mais cette formule de cohabitation, l'aviez-vous déjà vue quelque part?
A. R.: Oui, dans ma famille en Italie, où j'ai vu ma grand-mère vivre chez ma tante. Pour moi, c'était naturel. Ce qu'il y a de nouveau dans notre situation est que nous avons tous notre propre appartement, mais sous le même toit.
F. B. : Ma soeur Caroline a découvert la cohabitation intergénérationnelle au Vietnam, où elle a pu en observer les avantages pour les parents, les enfants et les petits enfants. Elle était épatée et s'est dite qu'un jour, elle ferait la même chose.
Apprivoisements
A. R.: Dans mon histoire, c'est mon frère qui est entré en scène. Il voulait faire partie du projet et a proposé qu'on construise une maison. Au début, il voulait des espaces en commun, comme la cuisine, mais je m'y suis opposée et on a finalement construit un triplex. Quelle aventure que de trouver un terrain sur l'île de Montréal et de faire face à tous les aléas de la construction! Mais enfin, nous y sommes depuis sept ans déjà.
F. B.: Nous, ça fait seulement sept mois. Vous avez donc beaucoup plus d'expérience que moi.
A. R.: Aujourd'hui tout va bien. Notre manière de vivre est rodée, mais je dois dire qu'au début mes parents n'ont pas accepté l'idée avec enthousiasme. Il a fallu les convaincre.
G. D.: Qu'est-ce qui accrochait le plus?
A. R.: Le fait d'habiter dans un nouveau quartier. Ma mère avait ses habitudes et surtout ses amies là où elle vivait. Elle avait peur de les perdre à cause de l'éloignement.
G. D.: Cela s'est-il produit?
A. R. : Non, les craintes n'étaient pas fondées et maintenant qu'ils ont 83 et 78 ans, ils sont très contents de leur décision.

