Proximité
G. D.: L'expérience semble positive pour vous deux, mais pouvez-vous me dire plus précisément quels sont les avantages de la cohabitation intergénérationnelle?
F. B.: Même si je vis ici de façon sporadique, que je ne subis pas tous les désavantages et ne bénéficie pas de toutes les occasions de réunions familiales, j¿ai pu constater que le fait de pouvoir faire garder les enfants ne serait-ce que vingt minutes, histoire de faire les courses, améliore considérablement la qualité de vie. Ma soeur Caroline peut demander à maman de garder Justin, le petit coréen qu'ils ont adopté, et s'absenter en toute tranquillité d'esprit. Il y a aussi les deux petites filles de Mario qui viennent jouer avec lui. Il les accueille toujours avec des cris de joie. C'est comme s'il avait des soeurs. Mon père aussi joue souvent avec Justin, mais la beauté de la chose est qu'il n'a que quelques pas à faire pour rentrer chez lui quand il est fatigué.
Il y a d'autres avantages. Caroline, qui a pris congé de son travail pour être avec Justin, avoue que la compagnie des adultes lui manque parfois. Quand cela se produit, elle peut appeler ses parents parce qu'ils ne sont qu'à quelques mètres. Rendre visite n'a jamais été aussi facile.
A. R.: Nous n'avons qu'un enfant dans nos trois familles réunies, le fils de mon frère qui vient d'avoir dix-huit ans. Au début, la proximité des grands-parents a été formidable et je dois ajouter que nous l'avons vu grandir au quotidien, ce qui est plutôt rare.
Au niveau de la nourriture, j'aime bien la cohabitation. On partage les courses, on mange et on cuisine ensemble. Dernièrement, mon neveu a demandé à ma mère de lui montrer à faire les gnocchis. Je ne suis pas certaine que cela se serait produit si on vivait séparés. Je peux donc ajouter que ça assure la transmission de la culture. Et que les gnocchis de la famille méritent de survivre d'une génération à l'autre!
Vigilance
F. B.: Je ne voudrais pas passer pour une espionne, mais le fait de voir les parents de manière quotidienne aide à suivre de près leur état de santé. À ce niveau, nous sommes privilégiés parce que Caroline est infirmière.
A. R.: Vous avez raison. La prise de médicaments me préoccupe beaucoup. Je suis les ordonnances et je vérifie s'ils prennent les pilules à la fréquence prescrite. La vérité, c'est qu'ils n'y pensent pas toujours.
G. D.: Vous êtes en train de me dire qu'il y a une certaine vigilance à observer.
F. B.: On a l'air de les surveiller et de ne pas être «reposantes», mais en fait, on dit simplement que le fait de vivre sous le même toit est bon pour la santé de tout le monde. On le voit quand quelqu'un n'est pas en forme et on peut intervenir au besoin. La vigilance est en quelque sorte sécurisante.
A. R.: J'ai également remarqué que je sors plus avec mes parents qu'auparavant. Par exemple, je les invite quand je vais au cinéma simplement parce qu'ils sont là , tout près.
F. B.: C'est vrai que le rapprochement physique amène le rapprochement social et émotif.
A. R.: Oui! J'ai approfondi ma relation avec mes parents et on se fait même des câlins tous les jours. Au début, ils ont trouvé ça très bizarre quand je leur ai demandé, mais maintenant ils ne peuvent plus s'en passer, et moi non plus.

