Chère Hélène, je reçois très bien ta question et j'essaie d'y répondre avec le plus d'intelligence et de sensibilité possible. Mais je ne passerai pas par quatre chemins, moi qui ai fait de la «swing» pendant plus de 20 ans. D'abord, soyons clair: le travail de nuit est un tue-monde.


Les bipèdes pseudo évolués que nous sommes ne sont en aucun moment faits pour le travail de nuit. C'est le monde que les humains se sont créé qui fait que 30% des travailleurs sont confinés à la nuit. L'obligation sociétale de la chose ne la rend en aucun temps plus naturelle. Quant aux malheureuses comme toi qui la subissent en ce moment, ou comme moi qui ai passé 20 ans dans le grille-pain, il n'y a aucune différence.

Rupture d'horaire

C'est certain, 7 ans ça commence à faire beaucoup. Moi aussi, j'ai pleuré dans mon coin de chaufferie. J'ai pris des douches, j'ai marché dehors, bedaine à l'air à -20°C. Je me souviens comment je pouvais avoir mal au cœur entre 4 et 5 heures le matin, mes pires heures. Notre petit corps peut en prendre de ce traitement, mais chaque personne à mon avis possède son point de rupture dans ces horaires de nuit. J'en ai connu qui ont fait trente ans de nuit et ils sont encore bien vivants, mais disons-le tout de même un peu vieillis prématurément.

Manque d'énergie: des changements s'imposent

Effectivement, il y a quelques lumières rouges qui scintillent, Hélène. Je relève entre autres que tu ne récupères plus. Là, on se doit d'enclencher le plan de survie, car tu commences à manger tes batteries, tes réserves fondamentales d'énergie, le minimum de bien-être en bas duquel tu ne dois pas descendre.

Je te suggère de ne surtout pas trop attendre pour changer de vie, celle de nuit. Quand ça sent, la déprime, le vague à l'âme, si tu te sens dans un cul-de-sac, il est plus que temps d'agir. Si tu attends trop, ça va devenir encore plus dur, tu risques de ne plus avoir l'énergie pour entreprendre les changements qui s'imposent: genre travailler de soir peut-être!

Bouchon, bandeau, camomille et dodo

Chère Hélène, je ne veux pas avoir raison, je veux seulement que tu ne perdes pas ta raison dans ces horaires de fou! Mais pour l'instant j'oserai mettre sur la table, non pas des recettes miracles car ça n'existe pas, mais au moins quelques timides suggestions. Premièrement, peu importe le nombre d'heures que tu peux dormir, elles doivent être les meilleures possible. Si tu ne t'endors pas le matin, ne te couche pas. Si la fatigue s'installe et que le sommeil glisse en toi, il faut avoir comme une capsule de survie. Installe-toi dans la chambre la plus isolée possible du bruit et de la lumière. Aucun téléphone de matante Chose ou de qui que ce soit. Moi, je décrochais les fils de la sonnette de porte et le téléphone. Tout ce qui fait gling gling,  ou ding, ding, tu mets ça à Off.

L'activité humaine se déroulant de jour, du bruit il y en a partout. Je travaillais de nuit et je demeurais au-dessus de la porte de livraison d'un dépanneur. Les bouchons, ça c'est plate, mais j'ai des nouvelles pour toi, ça marche. Alors, mets le paquet. J'étais comme un voyageur vers la planète Mars. Bouchons et bandeau pour les yeux. Souviens-toi c'est pas le nombre d'heures qui compte, mais leur qualité. Et tu es en mode survie avant les grands changements (sourire). Et le fameux café, il faut lever la pédale là-dessus. Passé 5 h, si tu veux dormir, il faudrait remplacer le café pour une petite camomille.

OK, je ne peux que te souhaiter bonne chance et prépare-toi déjà à ne plus travailler de nuit. Après 7 ans, peu importe ton travail, tu mérites mieux que de t'étioler pétale par pétale dans l'incongru et difficile travail de nuit. Il faut que tu penses d'abord à toi, cher hibou mêlé ! Laisse la nuit aux hiboux, ma chouette, et cargue la voile de ton destin vers des horizons meilleurs: lâche ce travail de nuit. C'est toujours la même équation. «Pognon$$»  ou qualité de vie, à toi d'y répondre.