Pas moins de 39% de l’aide canadienne est mal ciblée et mal coordonnée.

Le Canada aura accordé près de 4,5 milliards de dollars à l'aide publique au développement en 2006-2007, selon les estimations du Conseil canadien pour la coopération internationale. Coquette somme certes, pourtant cela ne représente que 0,32% du produit national brut (PNB) du Canada.

Pour que l'aide fasse une différence, l'objectif à atteindre est de 0,7% du PNB. Cet idéal minimal a été endossé par les pays les plus riches, dans le cadre d'une résolution des Nations Unies... en 1970! La performance du Canada se situant toujours en deçà de la moitié du 0,7%, certains parmi vous seront gênés d'apprendre que cette cible a été proposée par un ancien premier ministre canadien, Lester B. Pearson. Pourtant, avec un surplus financier de 14,2 milliards de dollars enregistré au cours du dernier exercice financier, les moyens ne manquent pas.

Qui fait mieux que le Canada?

À la Conférence de Monterrey, au Mexique, en 2002, la communauté internationale s'est fixé un délai pour atteindre ce fameux 0,7%: l'année 2015. Quarante-cinq ans plus tard! Enfin, cinq pays ont dépassé cet objectif (la Suède, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark) et six autres ont annoncé un échéancier visant à atteindre cette cible d'ici 2015 ou avant (la Belgique, la Finlande, l'Espagne, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne). Toutefois, aucun engagement délimité dans le temps n'a été fait par le Canada. Décidément¿

Aide canadienne: promesse tenue?

Avec le climat d'austérité budgétaire qui a prévalu au Canada dans les années 1990, le portefeuille de l'aide a dramatiquement diminué: de 35%! En 2002, Jean Chrétien a promis d'augmenter le budget de l'aide canadienne de 8% par année, jusqu'en 2010. Reprise économique aidant, cette promesse a été respectée par son successeur Paul Martin, ainsi que par les conservateurs de Stephen Harper.

Lors des dernières élections fédérales, le gouvernement conservateur a promis «de se rapprocher» de la moyenne des pays donateurs de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) d'ici 2010, qui atteignait alors 0,42% de leur PNB.

Possible? À moins d'ajouter des sommes considérables au budget de l'aide qui iraient bien au-delà de l'augmentation annuelle de 8%, le président de l'Institut Nord-Sud, Roy Culpeper, ne se fait pas rassurant: «Je soupçonne que le gouvernement ait abandonné la cible qu'il a annoncée, de 0,42%. Cette cible a disparu des objectifs du gouvernement.»

Déçu? «Je ne suis pas déçu parce que ce n'est pas une surprise. Les libéraux, tout comme les conservateurs, n'ont pas l'intention d'atteindre le but de Pearson, de 0,7%.»

Où va l'argent de l'aide?

Comme on dit, quantité n'est toutefois pas gage de qualité. Pas moins de 39% de l'aide canadienne est mal ciblée, mal coordonnée, liée à l'achat de biens et services ici même au Canada et versée à des consultants surpayés, selon un récent rapport d'ActionAid, une agence internationale de lutte contre la pauvreté. C'est plus d'un milliard de dollars, sur près de quatre, qui ne profitent pas aux pauvres!

Mais pour vous rassurer, sachez que le Canada ne fait pas bande à part.  Au total, environ la moitié de l'aide au développement des pays donateurs constitue une «aide fantôme», soit une aide qui passe à côté de l'objectif de lutte contre la pauvreté, selon ActionAid. Là où le bât blesse le plus durement, c'est dans l'assistance technique: les dépenses qui vont aux consultants, à la recherche et à la formation sont, selon l'organisme, souvent inefficaces et trop importantes. L'assistance technique a absorbé le quart des flux d'aide de 2004, soit 19 milliards de dollars.