Il est vrai que les pluies acides ont été quelque peu oubliées à la suite des mesures prises dans les années 1980 qui ont permis de les atténuer. Pourtant, ce n'est pas fini. Elles tombent toujours, menaçant nos forêts et nos cours d'eau. On estime que 75% du territoire canadien est touché, tout particulièrement l'est et le nord du pays.


Lorsqu'ils brûlent, les combustibles fossiles - pétrole, gaz naturel ou charbon -relâchent dans l'atmosphère du dioxyde de carbone (CO2). Ce gaz est bien connu puisqu'il est le principal responsable des changements climatiques. Mais la réaction de combustion entraîne la formation d'autres polluants: le dioxyde de soufre (SO2) et les oxydes d'azote (NOx). Dans l'air, ces derniers se mélangent avec l'eau de pluie pour former de l'acide sulfurique (H2SO4) et de l'acide nitrique (HNO3).

Les centrales électriques au charbon, les activités industrielles et les tuyaux d'échappement des voitures sont les principales sources d'émission de SO2 et de NOx. Fait important: ces polluants peuvent voyager jusqu'à des centaines de kilomètres depuis leur point d'émission, poussés par les vents dominants. Voilà pourquoi les usines au charbon du Midwest américain et de l'Ontario sont en partie responsables des pluies acides sur le territoire québécois qui se trouve sur la trajectoire des vents dominants.

Décision politique et réduction de la pollution

En 1985, Ottawa et les sept provinces canadiennes les plus à l'est (à partir du Manitoba) ont lancé le Programme de lutte contre les pluies acides dans l'est du Canada. L'objectif: réduire les émissions de SO2 de 40% par rapport aux niveaux mesurés en 1980, au plus tard en 1994. Toutes les provinces ont atteint ou dépassé cet objectif. La partie n'était pas gagnée pour autant. La moitié des précipitations acides qui tombaient sur l'est du Canada provenait des États-Unis. Il fallait initier des collaborations avec notre voisin du sud pour atteindre nos cibles.

L'Accord Canada-États-Unis sur la qualité de l'air, signé en 1991, a permis des gains importants dans la réduction de la pollution transfrontalière. Les Américains se sont engagés à réduire leurs émissions de SO2 de 40% d'ici 2010, un objectif qu'ils sont en voie d'atteindre.

Nouvelles menaces pour nos forêts et nos lacs

Le hic: bien que les émissions de SO2 aient diminué, les quantités de NOx émises dans l'atmosphère ont augmenté au cours des vingt dernières années. De nouvelles sources d'émissions, notamment les activités d'extraction de sables bitumineux en Alberta, inquiètent aujourd'hui les environnementalistes.

Les pluies acides abîment toujours les aiguilles et les feuilles des arbres. Elles tuent aussi les micro-organismes utiles à leur croissance. Encore aujourd'hui, les pluies acides font perdre chaque année des centaines de milliers de mètres cubes de bois à l'industrie forestière québécoise.... et des centaines de millions de dollars.

Dans les lacs qui s'acidifient sans cesse les populations de poissons sont en danger. En outre, on estime que les pluies acides réduisent de 50% la vie utile des lignes électriques, en accélérant leur corrosion.

À l'heure où les changements climatiques occupent un espace médiatique dominant, cette question nous rappelle qu'il faut souvent se battre sur plusieurs fronts à la fois. Heureusement, en combattant sur un front, on gagne aussi sur l'autre!

Sources

Environnement Canada

Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs