Ce que signifie une eau potable dégradée

Certes, il ne faut pas tomber dans l'alarmisme avant terme. Il serait tout aussi mal avisé d'agir en Gros-Jean comme devant! En effet, il faut se rappeler ce qu'apporte une eau polluée qui rejoint des infrastructures non adaptées aux situations climatiques extrêmes et qui ne peuvent produire une eau potable de haute qualité. Prenons l'exemple de l'agriculture intensive, qui s'installe avec domination dans certaines régions du Québec. La production porcine et les élevages de bœuf, de même que les épandages de pesticides, ont déjà fait l'objet d'autres études de l'INSPQ. En milieu rural, le lessivage des sols lors de fortes pluies accentue la dégradation croissante des cours d'eau et des espèces qui y vivent. Or, dans plusieurs cas, les municipalités s'approvisionnent dans ces cours d'eau de surface pour fournir de l'eau potable aux citoyens. Les risques sanitaires sont réels.

Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) fait sa part et réglemente. Tout épandage de fumier et de lisier doit être réalisé avant la date limite du 1er octobre. L'éleveur doit détenir un plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) validé par un agronome qui détermine les volumes à épandre dans les champs. Mais ce plan ne les met pas à l'abri des caprices de la nature.

Si l'été est pluvieux, le ruissellement dans les cours d'eau sera amplifié. Les épandages d'automne sont susceptibles de créer d'autres problèmes. «Les sols sont gorgés d'eau; il existe moins de chances que le phosphore se fixe. On peut faire des liens avec les problèmes de qualité de l'eau l'été suivant. De plus, on connaît mal les effets bio-accumulatifs et combinés des polluants dans l'eau. On ne sait pas combien de temps cela prend pour qu'ils soient déposés dans les sédiments et qu'ils ne soient plus dangereux», reconnaît Jacques Roy, ingénieur en génie rural au MDDEP.