Jean Roberge, directeur et concepteur technique de la distillerie Éthanol GreenField à Varennes, défend, chiffres à l'appui, l'empreinte carbone de son usine de bioéthanol, un agrocarburant fabriqué à partir de grains de maïs. Il faut dire que depuis que les «carburants verts» ont été pointés du doigt comme principaux responsables de la crise alimentaire, il y a beaucoup à faire pour corriger le tir.

L’empreinte carbone de l’éthanol de maïs est plus élevée que celle des carburants fossiles, si l’on considère son cycle de vie complet.

Selon la Banque mondiale, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 130 % entre 2002 et 2008. Dans son rapport, l'économiste Donald Mitchell conclut que la hausse des prix alimentaires est due à la convergence d'une multitude de facteurs, mais que 70 % de la responsabilité revient à la production d'agrocarburants.

Autre problème: les biocarburants ne seraient pas si bios que ça. Ainsi, une étude de 2008 de l'Agence pour la protection de l'environnement de la Californie indique que l'empreinte carbone de l'éthanol de maïs est plus élevée que celle des carburants fossiles, si l'on considère le cycle de vie complet, du champ de maïs à la voiture.

Dans le prestigieux magazine Science, Timothy Searchinger, de l'Université Princeton, enfonce le clou: la production d'agrocarburants cause trop de déforestation et fera doubler la production de gaz à effet de serre pour les 30 prochaines années.

Le point de vue de Jean Roberge est tout autre. «On n'a pas attendu la crise pour produire de manière écologique, rétorque-t-il. Les études se basent sur de vieux chiffres, mais les technologies de production évoluent constamment.» Par exemple, le projet de Varennes a été complètement modifié en 1997 et en 2001, afin de suivre les avancées techniques. Aujourd'hui, la distillerie serait l'une des plus écologiques du continent. L'eau y circule en circuit fermé, la chaleur est récupérée, les sous-produits sont valorisés, les fumées filtrées, les producteurs, tous situés dans un rayon de 70 km, répondent à un cahier des charges durable, et la distribution se fait dans le Grand Montréal.