Tatouage, perçage, maquillage permanent et scarification sont autant de moyens de garder le contrôle de son corps, d’exprimer sa différence et de partir à la découverte de soi. Mais attention aux dérapages.
Autrefois réservés aux marginaux, tatouages et perçages sont aujourd'hui des ornements assez communs. Ce n'est là que la surface du monde des modifications corporelles, un univers en pleine expansion. Pourquoi choisir de tatouer son visage, de se faire implanter des boules de silicone dans le dos ou d'avoir les dents limées à la Dracula? Expression artistique ou trouble de la personnalité? À quoi correspond ce besoin de signer son corps?
À 27 ans, Efix Roy est l'un des meilleurs spécialistes canadiens des modifications corporelles. Ses bras, jambes et cou sont tatoués, ses lobes d'oreilles sont larges de 10 centimètres et sa langue est fendue au milieu. C'est également une des rares personnes à pratiquer la suspension, une activité qui consiste à se pendre par des crochets insérés dans la peau. «Pour moi, c'est une exploration vers la connaissance de soi, un pèlerinage d'introspection de mes capacités internes.»
Garder le contrôle
Pour Patricia Garel, chef du service de psychiatrie au CHU Sainte-Justine, les modifications corporelles sont «un des moyens disponibles dans la quête de soi». «Cependant, attention à ne pas se laisser embarquer dans une recherche sans fin, vers un soulagement qui n'arrive jamais.» prévient Martin Tremblay, psychiatre aux urgences de l'Hôpital Notre-Dame.
La ligne est mince. Si pour Efix, «les modifications corporelles apportent un sentiment de contrôle de son propre corps», pour le Dr Tremblay, «il est facile de perdre la maîtrise de son image, qui devient alors si forte qu'elle rend difficile l'évolution de l'individu.»
Tatouage, perçage et scarification: marquer une étape
Le tatouage marque souvent une épreuve de la vie. On exprime une émotion intense de manière physique quand on se sent capable de vivre avec. Dans le cas de la scarification, qui consiste à effectuer des incisions superficielles dans la peau, pratique de plus en plus en vogue, Martin Tremblay pense que «la douleur ressentie peut servir à expier une souffrance morale».
Dans une société aux repères mouvants, et en l'absence de religion ou de service militaire, les modifications corporelles «peuvent être un moyen de définir ses propres rites initiatiques de passage», ajoute la Dre Garel.





















