Quels sont les objectifs que l'on poursuit en voulant obtenir une dérogation pour son enfant? Priver sciemment un enfant d'une année d'enfance insouciante, d'une année de jeux, d'imagination, d'apprentissages ludiques sans stress d'évaluation, n'est pas une décision que l'on doit prendre à la légère. L'enfance est un pays précieux. Un espace et un temps qui ne repasseront jamais dans la vie d'un être humain. Un passage où il suffit à l'enfant d'être, sans qu'il soit obligé de faire. En jouant, on apprend à apprendre. C'est un passage qui formate le cerveau pour mieux apprendre ensuite. Le faire déroger (oui, d'accord, il est intelligent), mais encore?
L'inquiétude de voir votre enfant «perdre une année» n'est pas fondée. Un enfant, même mature et fort intelligent, ne «perdra» pas son temps s'il n'entre pas à l'école précocement. Surtout si un parent attentif prend la peine d'enrichir sa vie quotidienne de milles expériences d'apprentissage ludique!
Les avantages liés à la dérogation
Ces avantages sont réels, mais pour une minorité des cas où ni les parents, ni le milieu de garde ne peuvent suffisamment nourrir les besoins intellectuels de l'enfant qui finit par s'ennuyer profondément à la garderie et qui rêve vraiment de commencer à lire et à écrire.
La dérogation peut être avantageuse pour un élève qui rencontre positivement tous les aspects jaugés par le professionnel qui l'évaluera. L'enfant sera au départ probablement plus motivé à l'école et n'aura pas l'impression de perdre son temps. Il assimilera bien les apprentissages qu'on lui transmettra et n'aura aucune difficulté particulière. Dans un tel cas, on pourra dire qu'il a gagné une année et qu'il est en avance. Les avantages sont souvent observables à court terme: l'enfant se trouve valorisé d'entrer dans la cour des grands et performe cognitivement assez bien les premières années.
Les inconvénients à la dérogation
À moyen et long termes, l'écart de maturité affective avec les autres enfants se fait sentir. N'oublions pas que les apprentissages sont tributaires d'une foule de facteurs où les capacités intellectuelles, la sécurité affective, les relations familiales et les habiletés sociales jouent toutes de très grands rôles. Les petits camarades de classe sont plus matures et, au cours des années, l'enfant pour lequel il y a eu dérogation peut finir par se sentir à part.
Certains enfants ayant bénéficié d'une dérogation éprouvent des difficultés scolaires après quelques années. Ils sont finalement contraints à être suivis par l'orthopédagogue de l'école afin de résorber leurs difficultés, souvent reliées à l'anxiété ou à leurs retards académiques.
Il faut penser aussi à l'adolescence. Au primaire, les différences physiques et comportementales sont moins évidentes. Cependant, au secondaire, l'adolescence se fait remarquer par des changements majeurs au niveau physique. L'enfant qui a bénéficié d'une dérogation peut voir apparaître sa puberté une année plus tard que ses amis et ses pairs. La reconnaissance sociale et l'appartenance à un groupe sont primordiales pour les adolescents, il faut donc en tenir compte.
En maintenant le rythme habituel du cheminement scolaire de l'enfant (sans dérogation), celui-ci aura plus de facilité à l'école, car il aura eu le temps de jouer, de rêver, de grandir doucement, sans pression des adultes. Il sera rassasié de cette partie de l'enfance et pourra démontrer aussi beaucoup d'intérêt à apprendre d'autres choses et à s'impliquer dans d'autres projets. Cela lui permettra donc d'avoir une bonne estime de lui-même et de développer d'agréables relations avec ses pairs.
De plus, si un événement majeur survenait lors de sa scolarité (perte d'un proche ou la séparation de ses parents), il sera plus facile pour l'enfant de passer à travers, puisqu'il n'aura pas à doubler d'ardeur pour maintenir sa scolarité devancée.
Source
Lemieux, J. Bureau de consultation en adoption de Québec, Le monde est ailleurs, 2008.

