Les complexes évoluent suivant les époques et les valeurs qu'elles imposent. Aujourd'hui, le doute quant à ses capacités intellectuelles est à la hausse. Un sondage Sofres réalisé en France révèle que 68% des individus interrogés (et parmi eux, 78% de femmes) ne sont pas très sûrs d'être intelligents. Douter de ses capacités intellectuelles est devenu un thème récurrent dans les consultations. Pas étonnant: dans une société où le langage et le savoir sont les clés du pouvoir et où être reconnu est le but ultime, ne pas se sentir intelligent s'avère lourd à porter.

«J'ai un QI de 148 sur l'échelle de Wechsler! Le seuil maximal est de 155!» claironnait un jeune garçon il y a quelques années, après avoir reçu l'incroyable nouvelle. Sa soeur, Isabelle, 34 ans, enseignante au primaire, raconte: «Je me souviens de l'émoi provoqué dans la maison quand on a su le quotient intellectuel de Philippe. Il était devenu soudainement un intouchable, un génie promis à un avenir doré! Les bourses d'études allaient sûrement pleuvoir sur lui, croyait ma mère, et son succès allait rejaillir sur la famille! Moi, je n'ai jamais voulu le passer, le fameux test: j'avais trop peur d'être déclarée sotte! D'ailleurs, j'ai toujours douté de mon intelligence. Chez nous, ma mère a toujours vanté "la brillante intelligence" de mon frère. Moi? J'étais "la comique". Nous étions tous les deux stigmatisés: lui pour son intelligence, moi pour mon humour et ma frivolité.»

Comparaisons et confusions

«Les rapports compétitifs sont omniprésents aujourd'hui, commente la psychologue et clinicienne Christiane Beaudoin. On s'observe les uns les autres, on se jauge, on s'évalue à tous les niveaux. Est-ce que j'ai un gros pénis?, se demandent plusieurs hommes. Mes seins sont trop petits!, s'inquiètent de leur côté un grand nombre de femmes. Et on se compare intellectuellement, puisque la performance est devenue une quasi-nécessité.

Les détenteurs de PHD et autres diplômes se font encenser, bien sûr. On les envie. Cependant, il ne faut pas confondre capacités intellectuelles et acquisitions de connaissances. Ainsi, on peut présenter des capacités intellectuelles élevées et, pour diverses raisons, avoir un retard pédagogique. On peut aussi être doté de capacités intellectuelles moyennes, mais posséder une excellente mémoire, être extrêmement travaillant, attentif, organisé et aller jusqu'à l'obtention d'une maîtrise ou d'un doctorat. Par ailleurs, battre des records de notes scolaires, surtout en maths ou en sciences aujourd'hui, vaut un surcroît de considération de la part des parents et des maîtres, tout en suscitant jalousie et envie chez les autres élèves, qui se sentent complexés devant un "bollé". Mais attention: les capacités intellectuelles ne garantissent en rien la réussite scolaire! Certains derniers de classe sont, en fait, très intelligents. S'ils récoltent de piètres résultats, c'est souvent parce qu'ils n'écoutent pas les cours ou sont paresseux!»