Selon Philippe Turchet, 99% des gestes sont universels. Ce qui diffère, c'est la fréquence et l'amplitude de ces gestes. «Par exemple, les gestes sont beaucoup plus amples chez les Québécois. Les Japonais font les mêmes, mais leurs gestes sont plus petits», observe-t-il. Il existe aussi des gestes culturels: «Faire "entre guillemets" avec les doigts, ça n'existe pas chez les peuples où l'on n'a pas appris à lire.»

Qu'en est-il des différences hommes-femmes? Philippe Turchet en a remarqué quelques-unes, mais elles seraient minimes. Les femmes auraient tendance à ouvrir davantage les poignets que les hommes lorsqu'elles sont détendues. Certains de leurs gestes seraient aussi plus souples. Enfin, en position assise, les femmes auraient une tendance naturelle à croiser les jambes différemment des hommes.

Trois types de gestes

Il existe trois types de gestes. Les gestes conscients (tendre la main en demandant le sel à table), les gestes mi-conscients (parler avec ses mains; il s'agit d'un geste inconscient, mais dont on peut prendre conscience facilement), puis les gestes inconscients (l'oeil gauche, par exemple, s'ouvre plus grand lorsqu'on se détend). De fait, la synergologie décrypte le langage non verbal inconscient, car nos sentiments sont exprimés par des micromouvements, lesquels sont inconscients, ayant lieu très rapidement.

Tu te grattes, donc tu mens?

Selon Philippe Turchet, ce n'est pas un hasard si l'on se gratte à tel ou tel endroit, à un moment précis. Les microdémangeaisons ont une origine physiologique et correspondent à des pulsions que l'on réprime. «Chaque fois qu'on est mal à l'aise, le corps a tendance à se gratter. On fait ça pour se sortir d'une situation désagréable ou gênante. On a vraiment l'impression que ça nous pique. Ça arrive quand il y a un décalage entre ce que je dis et fais, ce que je montre et pense ou ce que je dis et montre. Par exemple, vous êtes invité à dîner chez quelqu'un et le repas est mauvais. On vous demande si c'est à votre goût et vous répondez oui. Il y a de fortes chances que vous vous grattiez en même temps!», mentionne M. Turchet.

Un cas célèbre? Bill Clinton qui, devant le Congrès, au cours du procès dans l'affaire Monica Lewinsky, s'est gratté trois fois le nez... alors qu'on sait qu'une personne qui ment a cette tendance. Pour les synergologues, l'ancien président s'est trahi dès cet instant par sa gestuelle!

Philippe Turchet met toutefois un bémol. La synergologie est une discipline beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît. Par exemple, ce n'est pas parce que quelqu'un se gratte le nez en vous parlant qu'il vous ment. Cette personne peut avoir l'esprit ailleurs et donc le geste n'a pas de lien avec l'instant présent. De la même façon, bien que le croisement des jambes ou de bras soit associé à un geste de fermeture, il n'en est pas toujours ainsi. Beaucoup de détails doivent être considérés.