Charles Darwin, Albert Einstein, le roi George VI, Churchill, Louis Jouvet bégayaient. Albert de Monaco, Vincent Lindon et Luc de Larochellière sont aussi affligés de ce trouble de la parole. Des milliers de personnes d'origines ethniques, culturelles ou sociales diverses bégaient.

De tout temps, on a bégayé et on bégayera encore, probablement jusqu'à la fin des temps. Le phénomène n'en continuera pas moins de provoquer gêne, moqueries ou rejet, au point parfois de devenir source de découragement, voire d'isolement pour celui qui en souffre. Quant au bégaiement d'un enfant, il peut être si embarrassant pour les parents que ceux-ci l'ignorent, le nient - «ça va s'arranger tout seul» -, empêchant ainsi un diagnostic précis et un traitement approprié.

Au Québec, au moins 55 000 enfants et 45 000 adultes bégaient - 1% des adultes et 4% des enfants. Ces personnes ont de la difficulté à synchroniser leur respiration et leur articulation, deux mécanismes nécessaires à la parole. Les orthophonistes incitent les parents à consulter très tôt lorsque leur enfant semble présenter un trouble de fluidité de la parole. On empêche ainsi qu'il ne se fixe dans l'habitude et devienne durable. Car plus le bégaiement est traité de façon précoce - entre 2 ans et demi et 6 ans -, plus les résultats sont rapides et meilleures sont les chances de réussite.

Les causes du bégaiement

Mais d'où vient le bégaiement? Les croyances populaires ont la vie dure et on croit encore que le bégaiement serait dû à un problème d'ordre psychologique, à un traumatisme survenu dans l'enfance ou à une très grande timidité. Les écoles de pensée de France et d'Amérique du Nord s'affrontent à ce propos. Qu'en est-il exactement?

Selon Julie Fortier-Blanc, docteure en orthophonie et professeure à l'Université de Montréal, «il est dommage que l'école française continue d'insister sur le rôle de l'affectif dans l'apparition du bégaiement. Selon cette école, la réaction des parents devant les accidents naturels de la parole du très jeune enfant est déterminante. À trop vouloir corriger ces accidents, les parents obtiendraient l'effet contraire et le bégaiement deviendrait un trouble durable.»

«Toujours selon cette école, poursuit-elle, de jeunes adultes se mettraient à bégayer à la suite d'un choc émotionnel intense - la mort ou le divorce des parents, un accident, un déménagement... Foutaise! Même si, encore aujourd'hui, les causes véritables du bégaiement nous échappent, la génétique et la neurophysiologie fournissent des pistes de plus en plus claires. La plupart des chercheurs américains sont d'avis qu'une prédisposition d'ordre génétique est souvent en cause. Des études récentes ont d'ailleurs démontré que les deux tiers des jeunes enfants qui bégaient ont une histoire familiale de bégaiement. De son côté, l'étude de la distribution du bégaiement à l'intérieur des familles de personnes bègues montre qu'il s'agit d'une caractéristique probablement attribuable à un gène dont on a hérité. »