Utilisé à bon escient, le vaudou a un pouvoir de protection et de guérison. Mais, manié pour nuire ou jeter des mauvais sorts, le vaudou peut également incarner la sorcellerie et la magie noire. J’en sais quelque chose.
On raconte que le vaudou prend appui sur une connaissance extrêmement minutieuse de l'environnement en général. On y connaît les vertus thérapeutiques et toxiques des plantes. Au Bénin et dans les pays animistes, ceci permet d'y manipuler le poison avec une extrême dextérité. Combien de fois m'a- t-on raconté qu'un tel ou une telle avait été empoisonné par un associé, un ami ou par quelqu'un de la famille?
Le Bénin: la mère patrie du vaudou
Le vaudou: une religion mystérieuse et animiste qui a traversé l'Afrique de l'Ouest avant de se propager au Brésil, à Cuba, à Haïti et ailleurs dans les Antilles avec la traite négrière. Seul héritage culturel emporté par les esclaves aux États-Unis et dans les Antilles, le vaudou a permis aux grands déportés noirs de ne jamais perdre espoir, de préserver leur âme et leurs traditions ancestrales envers et contre l'avilissement de l'esclavage.
Ouidah: siège de la papauté vaudou. J'y vais, pour moi, pour un film à construire, suivez-moi.
Voyage à Ouidah
Un lieu saint, mais également un lieu maudit au Bénin puisque, dès le dix-septième siècle, les rois y avaient installé le marché des esclaves. Là, sous l'arbre à palabres, ils troquaient des femmes et des hommes contre les armes des esclavagistes blancs, d'abord portugais, puis français.
Ce matin-là, j'ai pris un taxi-brousse à Cotonou pour m'y rendre. Nous étions empilés les uns sur les autres, onze personnes dans une voiture bringuebalante ne pouvant en contenir que six: on finit par s'habituer à tout en Afrique; il faut tout simplement s'ouvrir, se mettre au diapason, suivre le rythme, développer sa lenteur et cultiver une ardente patience. Il arrive même qu'on finisse par oublier la couleur de sa peau. S'il en est ainsi, c'est qu'on a choisi d'y vivre sans armure.
Le taxi-brousse m'a déposé au bord de la route. J'ai enfourché un «zem» (taxi-mobylette), et je suis arrivé dans le village d'Ouidah. Visiter «le temple du python» et faire «la route des esclaves», tel était mon objectif. Mais ce n'était pas prendre en considération la puissance du poison.
Le temple du python
Arborant un large sourire, le gardien du temple me fait pénétrer dans la concession. À l'entrée, un faux fromager géant au pied duquel les adeptes viennent faire des offrandes et des sacrifices: urnes de terre cuite fracassées (canaris), plumes de poulet, coquilles d'oeufs, gris-gris, crânes de chauve-souris et mottes de terre informes s'entassent au pied de l'arbre au milieu des éclaboussures de jaunes d'oeuf et de sang.
«Le temple du python»: un réduit humide et obscur en terre rouge. Le gardien dit: «Ne bougez pas, restez tranquilles, ils vont venir¿» Un python, rien de moins, émerge de l'obscurité et s'avance vers nous. Le gardien me rassure: le python n'est pas un serpent venimeux. À Ouidah, on le vénère. Nombreuses sont les familles qui ont leur python. Pour les adeptes du vaudou, le python (Dan) est un protecteur. Témoin de la création, il fait partie du panthéon des dieux.

