Les «zangbétos»:

Me voilà reparti pour Cotonou. Sinueuse et sablonneuse, la route du retour est essaimée de paillotes de pêcheurs qui y vivent pauvrement avec leur famille. Protégés par des clôtures de fortune en bambou, ces campements sont fortement imprégnés par le culte vaudou. Sur une grande place en bordure de la mer, il y avait une cérémonie de «zangbétos», ces «gardiens de la nuit» qui font également office de gendarmes.

Je demande la permission de filmer. Après consultation avec ses pairs, l'un des  Â«dignitaires» de cette société secrète m'accorde la permission de tourner, pour une raison que je n'arrive toujours pas à m'expliquer car, hormis les croyants, nul ne peut filmer cette cérémonie. L'effet d'une plante, sans doute?

Les «zangbétos», ce sont de grandes paillotes coniques de raphia ou de paille aux couleurs vives qui tournent comme des derviches tourneurs alors que la foule s'élance librement dans des chants et des danses «contagieuses». On affirme que les «zangbétos» tournent, se meuvent et exécutent leurs danses circulaires par la force seule de leurs pouvoirs magiques. Lorsqu'on a soulevé un de ces «zangbétos» devant moi, il y avait là un oiseau noir. Un officiant lui a tranché la gorge pour le remettre sous le «zangbéto» qui, à nouveau, s'est mis à tourner. Je n'ai vu ni enfants ni adultes, ni tricherie visible sous la paillote. Quand le «zangbéto» s'est immobilisé à nouveau, il y avait là, au lieu de l'oiseau mort, un petit chien qui a voulu prendre la fuite, ce qui a effrayé la plupart des spectateurs: selon les «dires», si le chien avait réussi à se sauver, quelqu'un serait tombé gravement malade ou serait mort dans la nuit.

Ce jour-là, je n'ai vu aucun autre Blanc sur les lieux de la cérémonie. Depuis, j'ai appris que le «zangbéto» est un masque noctambule très actif la nuit. Seuls les initiés peuvent participer aux activités nocturnes du «zangbéto» qui représente les forces de l'obscurité et de la nuit. S'agit-il d'une force positive ou d'une force destructrice, telle est la question. En attendant la réponse, je suis toujours vivant.

Les revenants

Soudain, dans un tintamarre de djembés et de trompettes distordues, des enfants surgissent de partout en hurlant, pourchassés par des hommes masqués. Ces personnages, parés de costumes flamboyants, enveloppés de capes brillantes comme des écailles de poisson frais, foncent sur les enfants paniqués en poussant des râles. On ne peut voir qui se cache sous ces costumes dont l'extravagance me rappelle ceux du Cirque du Soleil.

Joseph, mon guide et chauffeur, s'énerve: «Faut surtout pas toucher les ¿revenants¿, monsieur Claude, ça porte malheur». Pourtant les «revenants» passent tout près de nous, l'un deux me frôle, Joseph a peur pour moi. Ils forment maintenant un cercle et se mettent à danser. Les habitants du quartier et les enfants se sont approchés comme on assiste à un spectacle. Dans leur regard, la fascination, l'effroi, la foi. Ils sont subjugués par la danse des «revenants» qui s'agitent, se démènent comme des diables en attendant de faire leur saut quantique dans une transe délirante.