La foudre à St-Adolphe
La pluie commence à tomber, l'orage éclate: c'est la saison des pluies. Je veux rentrer à la maison: je n'ai pas peur des «revenants», moi, mais j'ai peur de la foudre. Mon père n'a-t-il pas été touché par la foudre en nageant sur le lac à St-Adolphe d'Howard pendant son voyage de noces? Les Béninois ne partagent pas ces craintes de Blancs: seul peut être foudroyé celui qui a fait du mal à son prochain ou a l'intention de lui en faire. Et quand ces choses arrivent, personne ne peut toucher la victime pendant trois jours. Au troisième jour, les gens du quartier ou du village se rassemblent autour du foudroyé: il se lève, encore engourdi par la foudre. Il demande pardon et il s'effondre, prêt à être enterré.
Une consultation chez le marabout
J¿ai pris à la légère les avertissements de Joseph, mais j'ai parlé de l'incident à ma compagne de l'époque, une Touareg du nord: pour conjurer le mauvais sort, mieux valait que je fasse un sacrifice. Elle m'a emmené consulter un marabout qui a joué les cauris pour moi. Assis sur sa natte, il a jeté les cauris sur le sable: il a vu des problèmes de santé au niveau de l'estomac, ce qui est vrai. Il a ajouté que j'avais été «vacciné» par le «revenant»: le poison sous forme de poudre très fine allait trouver son chemin jusqu'à mon estomac. Il fallait agir très rapidement: offrir quelques grammes d'or et d'argent ainsi qu'un carré de soie mauve en guise de sacrifice, voilà ce qu'il me fallait faire. Il a détaché un feuillet d'un Coran poussiéreux, et il m'en a lu un verset, en arabe.
Au sortir de sa case, j'ai commencé à éprouver des malaises digestifs et je me suis inquiété pour ma santé et pour¿mon portefeuille. Ma compagne m'a rassuré: je pouvais remplacer l'or et l'argent par un kilo de petit mil et un kilo de sorgho: elle s'occuperait de trouver le carré de soie. «Ça va aller, t¿inquiète pas», qu'elle a dit.
Au retour de ses courses, elle m'a demandé de m'isoler dans notre chambre et de prier au-dessus du petit mil, du sorgho, et du carré de soie. Le lendemain à l'aube, elle partait pour la mosquée de Zongo (le quartier musulman de Cotonou) avant que le muezzin n'entonne son premier chant. Et elle a offert le mil et le sorgho aux enfants de la rue et aux plus démunis.
C'étaient là mes premiers contacts avec le vaudou. Et c'est ainsi que, grâce à ce sacrifice au profit des enfants pauvres, j'avais échappé à l'empoisonnement.

