Paradoxalement, les sociétés les plus paresseuses sont les plus développées, précisément à cause de cette promesse, jamais tenue, que la technologie libérerait l'homme de ses tâches les plus harassantes pour le faire passer de l'autre côté du miroir, dans l'Éden retrouvé de la société des loisirs. Il faut avoir la foi dans cet horizon, qui n'arrête pas de reculer au fur et à mesure qu'on s'en approche.

C'est qu'il faut se la payer, la technologie qui doit nous libérer! Ce n'est plus un idéal généreux: c'est devenu un racket. En plus, on n'arrête pas d'ouvrir des boîtes de Pandore. Peut-être avons-nous perdu le contrôle de notre magie.

La paresse, facteur de pollution?

L'automobile remplace les jambes, le tracteur remplace les hordes de laboureurs, le satellite remplace le messager à cheval, Internet remplace la famille et le lave-vaisselle remplace le mari rose. Mais l'auto, le tracteur, le satellite, l'ordinateur et le lave-vaisselle cassaient comme on accrochait le nouvel écran plasma au mur, au moment où le marché des prêts hypothécaires s'effondrait, alors que le prix du pétrole augmentait, pendant que l'environnement nous poursuivait en dommages et intérêts.

La technologie prolonge le corps, disait McLuhan. Le VUS, la tondeuse à essence et le chauffe-bigoudis sont alors de bien vilaines protubérances. On n'a pas besoin d'en faire l'ablation: elles tombent d'elles-mêmes, et remplissent les dépotoirs. Ainsi, la paresse est aussi un facteur de pollution, péché grave, comme le reconnaissait le Vatican au début de 2008.