La famille monolithique a fait son temps. Le rôle du père a éclaté et sa nouvelle définition en est encore à ses balbutiements. Quelle place prend le nouveau papa?
Au Québec, le père moderne est une figure à géométrie variable. Il y a le futur papa, très près de la mère durant la grossesse: celui qui apprend à respirer en même temps que sa conjointe, en vue des contractions. Il y a le père à la maison (5 % des hommes, contre 23 % des femmes, selon Statistique Canada) celui qui s'occupe des enfants pendant que maman est au travail. Il y a le nouveau père de jeunes adolescents, ceux de sa nouvelle conjointe, ou encore le père tardif qui, au début de la cinquantaine, se promet bien de voir grandir ses rejetons. Il y a, bien sûr, le père séparé ou divorcé - autour de 600 000 divorces au Québec depuis 1968 -, qui a les enfants en garde partagée ou qui ne les a plus du tout. Et puis, il y a aussi le père homosexuel.
Quoi qu'il en soit, le père nouveau s'implique de plus en plus auprès de ses enfants. Mais la route de la paternité est encore semée d'embûches. Et les hommes qui se battent pour la reconnaissance de l'égalité parentale se butent parfois à des préjugés bien enracinés.
De pourvoyeur à père de famille responsable et présent
Autrefois pourvoyeur et principale figure d'autorité, le père s'est vu attribuer une place de plus en plus importante au regard de l'éducation, de la socialisation et des soins à donner aux enfants. Selon une étude du sociologue américain John P. Robinson de l'Université du Maryland, réalisée en 2004, les pères québécois, particulièrement ceux qui ont des enfants en bas âge, sont les champions en matière du temps accordé à leurs rejetons. Ils consacrent en moyenne 20 heures par semaine à leurs enfants, soit autant que les mères, comparativement à une moyenne de 5,3 heures pour l'ensemble des pères canadiens et américains.
Malgré tout, les études sur le comportement des pères démontrent que leur participation suit de près les stéréotypes traditionnels. Leur présence est souvent ponctuelle et sélective, et concerne davantage le jeu et l'éveil, tandis que l'entretien et les soins reviennent la plupart du temps à la mère. Souvent, le père ne se considère pas comme responsable des affaires du ménage et de la famille. Sa contribution est ainsi régie par les demandes de sa conjointe.
Encore aujourd'hui, l'image du bon père de famille reste associée à celle du pourvoyeur, et l'on justifie facilement ses absences lorsqu'elles sont dues à des contraintes professionnelles. Il est vrai que le marché du travail ne facilite pas toujours l'exercice de la paternité.
Heureusement, les programmes de congés parentaux se sont améliorés au fil des ans. Au Québec, les parents d'un nouveau-né ainsi que ceux qui adoptent un enfant peuvent s'absenter du travail pendant une période pouvant aller jusqu'à 52 semaines consécutives. Ce congé peut être partagé entre le père et la mère, et il s'ajoute au congé de maternité de 18 semaines et au congé de paternité de 5 semaines.
Mais un pas important reste à faire pour que les pères s'impliquent davantage et accordent une plus grande place à leur enfant. En effet, peu de pères profitent encore des congés de paternité ou s'absentent pour des raisons familiales, surtout dans les milieux à forte composition masculine. Même aujourd'hui, par exemple, il n'est pas facilement admis qu'un homme s'absente au travail pour accompagner son enfant chez le dentiste.

