Son but? Faire comprendre aux femmes ce qu'est l'emprise, pour qu'elles parviennent à s'en libérer. Car, comme elle l'explique fort bien: «La pire violence n'est pas la plus visible et il faut comprendre pour agir.»

À partir de quand, à partir de quoi une femme peut-elle se considérer comme victime de violence? La réponse fuse: «La violence apparaît dès qu'il y a asymétrie. Dans une «simple» scène de ménage, l'un et l'autre critiquent, expriment; les échanges peuvent devenir véhéments, mais il y a échange. Ce qui fait la violence, c'est un mode de relations où l'un domine, essaie de contrôler l'autre en utilisant des procédés pour le piéger, pour l'abaisser.» La difficulté réside justement dans le fait que ce genre de violence s'exerce souvent sans éclats de voix ni autres signes extérieurs. Et pourtant, il s'agit là de la première marche de l'escalade. Selon la scientifique: «C'est à partir d'un tel mode relationnel qu'auront lieu les dérapages ultérieurs.»

La violence: progressive et insidieuse

Marie-France Hirigoyen explique: «Cette situation apparaît progressivement, de façon très insidieuse. Ce qui en rend le repérage si complexe, c'est qu'il y a souvent au départ quelque chose de positif, une forme de séduction. La violence n'est jamais là d'emblée, évidente.» Une parole un peu blessante, un geste déplacé, une attitude conçue pour humilier constituent des prémices. Un exemple, parmi les nombreux cités dans le livre, m'a particulièrement frappée: un homme rapportait régulièrement l'argent du ménage à son épouse, mais il jetait systématiquement les billets par terre, l'obligeant ainsi à se baisser pour les ramasser. Un tel comportement, détaché et silencieux, devrait faire hurler la sirène d'alarme.

Selon l'auteure, le plus grave, c'est que la plupart du temps la victime essaie d'excuser «son homme»: il a eu une enfance difficile; il a des soucis au travail... Les femmes font alors l'erreur énorme de se dire: «Avec mon amour, il va changer!» Posément mais fermement, l'observatrice des couples en crise lâche: «Ça ne marche jamais; l'amour ne répare pas.» Le message à faire passer est simple: «Quand on aime, on doit respecter. Une injure ou un geste de trop de la part de quelqu'un qu'on aime, c'est inacceptable et ça ne doit pas être accepté.»

Mais alors, pourquoi les femmes ne réagissent-elles pas plus rapidement et plus vigoureusement? La réponse est pénible à entendre: «Parce qu'elles craignent d'être moins aimées, voire abandonnées.» C'est à se demander où sont les résultats des combats féministes.

Dans l'acceptation, la passivité, la soumission, l'isolement, le non-dit, s'amorce la spirale infernale. Si la femme (puisqu'il s'agit de femmes victimes dans 95 % des cas) ne dit rien, ne dénonce pas, l'homme ne voit pas de raisons de s'arrêter. Il peut même déceler dans ce silence une forme d'encouragement à aller plus loin.

L'objectif de Marie-France Hirigoyen est d'informer les victimes potentielles de façon si convaincante qu'elles arrivent à dire NON. Selon la spécialiste, la femme doit s'opposer dès les débuts d'une relation. Il importe d'établir au départ la règle qui consiste simplement à s'expliquer: «Quand tu me parles de cette façon, quand tu agis de cette autre, ça ne me convient pas, ça ne peut pas aller.»