La psychanalyste montréalaise Anne Brazeau croit que « personne ne vient au monde avec une tendance à la violence inscrite dans l'âme. Dans sa jeunesse, l'homme violent a été soit témoin, soit victime de violence, qu'il s'agisse de violence verbale, psychologique ou physique. Le petit garçon qui a vu son père frapper pour obtenir ce qu'il désirait croira que cette façon d'agir est normale. Celui qui a eu une mère cruelle - ça existe - ne connaîtra pas d'autre langage affectif. »

Normand Brodeur, agent de recherche au Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRIVIFF) est de ceux qui estiment que la façon dont les hommes sont éduqués contribue au recours à la violence. «Plus l'homme se développe selon un modèle masculin rigide, plus il se coupe d'une partie de lui-même. Un homme qui parle avec ses poings est un homme qui manque de mots. En fait, il a tellement de difficulté à s'exprimer que les mots restent pris dans sa gorge ou dans ses tripes. »

Autre explication: les blessures vécues dans l'enfance. La personne violentée ou abusée sexuellement porte des cicatrices profondes. « Elle peut perdre son assurance ou manifester des troubles de la personnalité, indique l'agent de recherche. Il se peut aussi qu'elle devienne tellement fragile émotivement, que tout comportement d'affirmation de la part d'un partenaire sera perçu comme une menace. »

Mais l'explication la plus courante, selon Normand Brodeur, est celle qui est avancée par le féminisme: la violence est un moyen de contrôle et de domination, qui serait le prolongement des inégalités sociales entre les hommes et les femmes. Toujours selon la perception féministe, la violence est, comme le terrorisme, l'arme du plus faible. « L'homme violent combat sa propre fragilité dans le but de se sentir supérieur à sa partenaire », souligne M. Brodeur.