Partir... ou rester là ?
Comment la victime arrive-t-elle à s'en sortir? « La violence pénètre si profondément la personne qui en est victime que celle-ci finit par se déconnecter d'elle-même, explique Anne Brazeau. Le poids de sa souffrance, lié à celui de la peur, constitue un fardeau qui lui enlève souvent toute capacité d'analyser froidement la situation ou toute tentative de s'en aller. »
« Parce qu'elle a peu confiance en elle, la femme qui cherche de l'aide a peur d'être jugée, confirme Normand Brodeur. Et elle l'est souvent, par des intervenants qui n'ont pas la formation nécessaire pour reconnaître des situations de violence conjugale. Combien de femmes violentées se sont fait dire qu'elles devraient faire un effort pour comprendre leur conjoint? De plus, comme leurs allées et venues sont souvent contrôlées par ce conjoint, elles doivent développer des mécanismes de survie au jour le jour. Tout ça laisse bien peu d'énergie pour explorer les possibilités de s'en sortir. »
Et puis, à tout le monde, l'inconnu fait peur. Dans le cas de la femme violentée, celle-ci doit affronter le monde du travail ou celui de l'aide sociale, réclamer l'aide des policiers, expliquer sa situation devant la justice, chercher de l'argent pour le déménagement. De plus, elle devra vivre avec la peur de la récidive, que ce soit contre elle ou contre ses enfants. « Aux yeux de plusieurs hommes violents, le départ de la conjointe du domicile conjugal ne signifie pas automatiquement la fin de l'union; plusieurs femmes l'ont appris à leurs dépens », confirme Normand Brodeur.
Les services d'aide et de prévention offerts aux hommes sont peu nombreux. Ce sont les plus de 40 ans qui semblent particulièrement réceptifs aux bienfaits de la thérapie. « Mais c'est une démarche qui se fait lentement, explique le chercheur. On comprend qu'une femme dont le conjoint entreprend une thérapie ou fréquente un groupe de soutien rêve de résultats rapides puisqu'elle vit une situation de stress permanent. Malheureusement, ce n'est pas ainsi que les choses se passent... »
Autrement dit, l'homme violent devra accepter de mettre le temps nécessaire à sa guérison. Tout comme, de son côté, la femme agressée devra mettre le temps nécessaire à sa propre guérison; ce qui signifie assurer sa protection et retrouver sa confiance en elle.

