Que ce soit par désir de liberté ou pour éviter aux enfants de s'adapter à une famille recomposée, des couples choisissent de vivre chacun chez soi. Portrait d'un phénomène nouveau.
L'indépendance financière des femmes, la baisse du taux de natalité et une société prônant l'individualisme pourraient rimer avec cette nouvelle façon de vivre le couple, qui demeure toutefois marginale.
Trois catégories de couples
Le psychologue François St Père, spécialiste de la thérapie de couple et médiateur familial, distingue trois catégories de couples qui choisissent cette avenue. D'abord, les personnes séparées qui tentent de former une famille recomposée avec leur nouveau conjoint. «Lorsqu'elles réalisent à quel point ça peut être difficile, certaines personnes vont décider de poursuivre la relation, mais sans habiter ensemble avec tous les enfants», observe le psychologue.
La deuxième catégorie comprend les gens qui ont déjà vécu ensemble par le passé et qui se sont laissés ou ont pris une pause. «Ils veulent reprendre, mais sont craintifs de répéter les erreurs du passé», note-t-il. «Enfin, il y a la catégorie de gens qui ont un grand besoin de liberté, sont à l'aise financièrement, plus carriéristes, et qui n'ont pas le goût de fonder une famille».
Micheline Dubé, psychologue et médiatrice au Centre professionnel du Plateau Mont-Royal, voit des clients qui ont fait le choix de: «un couple, chacun son duplex ou son condo», et ce, depuis les années 1990. «C'est certain qu'il faut être à l'aise financièrement pour choisir de vivre séparément mais, personnellement, je crois que cette possibilité peut permettre, par exemple, de contourner certaines difficultés reliées à la famille recomposée - différences dans l'éducation, les enfants qui perdent leur statut dans la nouvelle cellule fusionnée, etc.», explique la psychologue.
Chacun son espace
Micheline Dubé constate que le besoin d'avoir son espace à soi est aussi présent chez les couples qui cohabitent. «Vous remarquerez que les couples qui vivent ensemble ont souvent chacun leur territoire dans la maison, selon leur profession ou leurs besoins personnels. Par exemple, monsieur a le garage, un bureau ou le sous-sol et madame a la cuisine ou un bureau, note la psychologue, en souriant. C'est tout à fait normal. Chacun a besoin de sentir qu'il a son espace de vie intime.»

