La façon de concevoir la famille varie d'une société à l'autre, de même que l'image qu'on se fait de l'enfant, de la filiation et de la responsabilité parentale. Entre les sociétés traditionnelles et les sociétés industrielles, la séparation parent-enfant n'est pas perçue de la même manière. Qu'elles soient culturelles ou historiques, ces différences résident aussi dans les réalités socio-économique, politique et sanitaire du pays de l'enfant, et dans son environnement immédiat.

Faire un homme de soi... à 7 ans

Comme dans l'Occident d'autrefois, où le statut d'enfant, à toutes fins pratiques, n'existait pas, l'enfant qui vit aujourd'hui dans les sociétés traditionnelles ou dans la misère persistante des bidonvilles est considéré comme un pré-adulte.

Très tôt dans sa vie, l'enfant du «sud» prend le large et ses jambes à son cou pour faire trop tôt un homme de lui ou se faire trop vite la femme d'un autre. Très tôt, il est investi d'une responsabilité, autant envers son groupe social qu'envers sa famille, dont il échappe du coup à l'autorité absolue. Un coup de pied au derrière et l'espace lui appartient. C'est ainsi que dès l'âge de 7 ou 8 ans, l'enfant déguerpit avec la bénédiction de papa et de maman. Il apprend à circuler, d'oncle en tante, de voisin en voisine, dormant tantôt chez eux, tantôt dans des abris improvisés.

Stratégie familiale ou simple négligence?

Négligence: «Ils sont des millions à survivre dans des conditions désastreuses», nous rappelle la juriste française De Béchillon. «La majorité d'entre eux n'a plus de foyer familial, quelques-uns seulement gardent des liens épisodiques avec leurs parents (...) En particulier, ces enfants ne peuvent pas être adoptés, faute d'avoir été officiellement abandonnés par leurs parents.»

Stratégie familiale: sans perdre de vue la misère noire qui les afflige, eux et leurs parents, leur séjour dans la rue à vendre du café ou à ramasser des guenilles, représente sans doute une phase intermittente de leur développement. Pour Claudia Fonseca, professeure d'anthropologie sociale à Porto Alegre, «les croyances et les pratiques sociales sont les conséquences directes du contexte dans lequel on vit». De fait, à São Paulo comme à Rio, celui qui survit n'est pas manchot.