Un enfant désobéissant souffre peut-être d’insécurité. Il peut percevoir son parent fragile, ambivalent dans ses intentions disciplinaires, incertain dans ses valeurs. Alors, il le met à l’épreuve. Et si dire non comblait leur besoin de sécurité?
Des parents intelligents, articulés et équilibrés, peuvent effectivement se trouver totalement incapables de jouer leur rôle d'encadrement et d'autorité. Convaincus qu'ils n'arriveront pas à se faire aimer de l'enfant s'ils sont fermes, ils tombent souvent dans le sur-ajustement aux humeurs de l'enfant. Ils cherchent à éviter que l'enfant dérègle ses affects devant une frustration, car ils se sentent impuissants et incompétents lorsque la crise arrive. Ils contrôlent ainsi à outrance l'environnement plutôt que de s'adresser directement à l'enfant.
Pour reprendre le contrôle parental
La technique des Douze raisons de dire non peut être le premier pas pour un parent en perte d'autorité et qui craint de «traumatiser» son enfant en étant trop sévère. À la fois simple, mais efficace, humoristique, mais respectueuse, cette technique permet au parent de faire l'expérience de dire non sans se sentir un mauvais parent, sans utiliser une méthode colérique ou intimidante.
La crainte principale des parents devant cette méthode est que l'enfant fasse une crise lorsqu'on osera lui imposer une limite. On doit donc annoncer aux parents que les crises pourraient en effet augmenter au début. Il faut dire que la possibilité que ces crises augmentent grâce aux Douze raisons de dire non n'est pas toujours bien accueillie par un parent épuisé.
Reprendre le contrôle prendra temps et détermination et la technique ne réglera pas tout.
Objectif
Diminuer les «attaques d'opposition» de l'enfant colérique.
Augmenter la capacité du parent à ne pas se laisser entraîner dans une argumentation moralisante et stérile avec l'enfant.
Source
Je vous dis tout: ma technique des Douze raisons de dire non est inspirée d'une conférence entendue sur le réseau américain PBS il y a une quinzaine d'années. Cette conférence était donnée par un psychologue assez âgé et fort sage, mais dont le nom, malheureusement, m'échappe. J'ai par la suite adapté la méthode aux besoins spécifiques des enfants opposants et je suggère aux parents de ma clientèle de l'utiliser avec leurs enfants.
Âge d'utilisation
À partir de 3 ans.
Clientèle cible
Enfant ouvertement opposant, colérique, qui dérègle ses affects et a besoin de faire plusieurs attaques de contrôle contre son parent.
Contexte d'utilisation
Cette technique doit être appliquée par les parents à la maison et de façon assez intensive au début, parfois plusieurs fois par jour pendant quelques semaines.
Matériel nécessaire
Un bocal transparent non cassable. Des petites fiches en carton. Des crayons et/ou des images découpées dans des revues.
Phrase à mémoriser
Dans la tête du parent: «Je refuse de laisser ta colère me contrôler. Je te laisse cette colère tout en comprenant que cela ne te plait pas. Ta colère ne vas changer les règles de discipline.»
Les douze raisons de dire non
Voici les étapes à suivre:
Le parent trouve ou achète un pot en plastique transparent et incassable de la grandeur d'un petit bocal à poisson rouge. Sur le bocal, il inscrit sur une étiquette: Les douze raisons de dire non.
Sur chacune des 12 fiches en carton, il écrit l'une des affirmations suivantes:
Je ou nous n'avons pas le temps.
Ce n'est pas le temps.
Tu n'as pas mérité ce privilège.
Ce n'est pas de ton âge.
Ce ne sont pas des gens de confiance.
C'est trop loin.
Ce n'est pas dans nos valeurs comme famille.
C'est trop cher.
Ce n'est pas dans les règles de la famille.
Ce n'est pas bon pour la santé.
C'est dangereux.
C'est comme ça et ce n'est pas autrement!
Si l'enfant ne lit pas encore, il faut écrire tout de même les phrases, mais en ajoutant des pictogrammes appropriés. Par exemple, on peut découper une horloge et y mettre un gros X dessus pour le «nous n'avons pas le temps»; ou on peut trouver une tête de mort avec un X dessus pour illustrer le «c'est dangereux», et ainsi de suite.
Puis, on place tous les cartons dans le bocal que l'on installe dans un lieu passant de la maison, mais accessible pour l'enfant. Le comptoir de la cuisine ou une bibliothèque peut bien faire l'affaire.
On fait une petite réunion de famille où on explique que les papas et les mamans doivent dire non à leur enfant. Que ce sont les papas et les mamans qui savent ce qui est bon pour la santé, la sécurité et le développement de leur enfant, pas le contraire. Que lorsqu'on dit non à un enfant, ce n'est pas une preuve de haine ou de mépris. Dire non est un des rôles les plus importants des parents.
On explique ensuite que pour maintenir le calme et l'harmonie dans la maison, il y aura désormais un nouvel objet: le pot des Douze raisons de dire non. À cette étape, il ne faut pas que les parents en disent plus, même si l'enfant menace de faire une crise s'il n'en apprend pas plus. N'oublions pas que le but de l'intervention est de gagner la confiance de l'enfant. Lui donner les stratégies n'est justement pas stratégique. Installer un petit malaise chez l'enfant fait partie de la méthode. Cela l'aide à remarquer.

