Animatrice, comédienne, mais avant tout «esprit libre», Chantal Lamarre nous livre une réflexion sur la famille… et quelle famille!
Petit jeudi matin frisquet de décembre. Ils sont quatre: un papa et une maman, la quarantaine bien entamée, et deux petits d'âge préscolaire. Entre deux gorgées de chocolat chaud, les filles disputent une énergique partie de baby-foot contre les gars. Je vous présente ma famille: «Quoi? Les petits ne sont pas à la garderie?» ou «C'est ça que ça donne avoir des enfants si tard?» Allez-y de vos commentaires, ne vous gênez pas, moi aussi je vous observe avec vos enfants, bien oui, afin de vous juger un peu.
J'ai cherché le gène commun de toutes les familles; les réelles et celles de la littérature et du cinéma, pour en arriver à cette plate conclusion: le chauvinisme, oui, oui, cette petite certitude à l'intérieur qui nous dit: «Nous autres, on l'a l'affaire!» Vous en trouvez un peu même dans les familles les plus dysfonctionnelles.
Notre famille est meilleure que la vôtre
Nos parents, souvent issus d'une tribu nombreuse et tricotée serrée, développaient ce comportement toute leur vie. Dans leur «folklore», ils cultivaient des expressions comme: «épais comme les Samson», «fous comme les Bolduc» ou «paresseux comme les Pouliot.» Ils se fréquentaient entre frères et soeurs, étaient à peu près toujours de condition socio-économique semblable (avec une petite exception pour «matante religieuse» ou «mononc docteur»).
Heureusement que cela a évolué. Le sentiment d'appartenance c'est bien, mais ça peut devenir étouffant. Plus jeune, je rêvais de cousins en Californie et de tantes en Europe, mais tant pis pour moi; toute ma famille et ma parenté étaient accessibles en bicyclette.
L'esprit de clan
Ne versons pas dans la nostalgie, mais avouons qu'il y a quand même des avantages à faire partie d'un clan familial; des valeurs, des références et un esprit. Ça outille mieux un individu que des parents fusionnels qui sont amis avec leur progéniture de trente ans, eux-mêmes infantiles et à peu près incapables d'avancer dans la vie sans papa/maman. Sans être pessimiste, j'en rencontre malheureusement de plus en plus souvent.

