L'adolescence est par définition une période de rébellion pendant laquelle l'enfant cherche à définir qui il est et qui il veut être, souligne Chirine Dakkak, psychologue clinicienne à la Cinique René Laennec, à Montréal. En ce sens, la crise est incontournable. La séparation d'avec le «cocon parental» est cruciale pour la construction de l'identité de l'adolescent, mais il existe un risque qu'elle se transforme en déchirure lorsque l'enfant ne sait quel chemin emprunter et ne se sent pas appuyé. La mère doit alors jouer un rôle de guide à la fois strict et permissif.

La crise d'adolescence est-elle inévitable?

Oui. C'est normal que l'adolescent cherche à se différencier de ses parents. C'est même essentiel. Mais il a aussi besoin d'être encadré, d'avoir une structure qui le sécurise. Et là, je ne parle pas de contraintes. La mère, tout comme le père d'ailleurs, doit trouver une façon d'être ni trop stricte ni trop permissive. Je dirais directive. Pour la mère, il s'agit de voir comment aider son enfant à avoir une meilleure confiance en lui et comment favoriser son autonomie et son estime de soi.

Comment arriver à cet équilibre entre autorité et laisser-aller?

L'important, c'est d'écouter son adolescent, même si on n'est pas d'accord avec lui. On lui apprend ainsi à s'affirmer, à parler de ses émotions, qu'elles soient positives ou négatives.

La mère doit être présente sans être envahissante. Le jeune n'aura pas envie de se confier s'il sent qu'il sera jugé. À l'inverse, il a aussi le droit d'avoir sa vie et de ne pas tout raconter. Il faut garder une distance générationnelle même dans son rôle de confidente.

Vous avez déjà animé des ateliers avec des mères d'ailleurs et leurs filles nées au Québec. Est-ce que la relation est différente lorsqu'il y une dimension culturelle?

Une crise d'adolescence, c'est une crise d'adolescence, peu importe la culture. Mais il est vrai que quand les valeurs et les traditions des parents sont différentes de celles des amis du jeune, ça peut créer des conflits.