Lot des seuls adultes, le harcèlement? Que non. Les enfants aussi peuvent en être victimes. Dans leur cas, on appelle ça de l'intimidation, et ça se passe à l'école ou pas très loin. Menaces, mépris, exclusion, coups de pied, vêtements déchirés, certains enfants sont même mis à l'écart.
Mais qui sont les victimes? On a toujours l'impression que le souffre-douleur est gros, laid, efféminé, malpropre ou boutonneux... «C'est un cliché», dit le psychologue Richard Gagné, qui reconnaît qu'à l'âge où on veut se conformer, toute différence est très dure à porter. Être plus riche, plus beau, plus pauvre, avoir plus de talent, avoir une difficulté de langage, être d'une autre culture ou religion, voilà autant de motifs de rejet, de harcèlement, d'intimidation ou d'exclusion.
Les victimes: des enfants sensibles et peu autonomes
L'intervenant ne croit toutefois pas que les enfants du primaire soient particulièrement stigmatisés à cause de traits physiques... sauf, peut-être, chez les garçons, lorsqu'ils sont plus petits et plus faibles. «Mais de nombreux souffre-douleur ne sont pas plus malingres que leurs camarades, et plusieurs petits ne sont pas victime de harcèlement ou d'intimidation.»
Selon lui, le comportement joue un rôle plus important que le physique: la victime est anxieuse, vulnérable. Elle a l'air craintif, peureux. Son regard et sa démarche annoncent déjà sa maladresse, son manque de confiance et son incapacité à se défendre. «Un prédateur éventuel la dépiste rapidement. Car le prédateur ne s'attaque ni à un enfant populaire ni à un enfant qui va réagir avec affirmation et énergie.»
Les victimes passives et les victimes provocantes
Cet enfant sensible, peu autonome, qui a peur, qui s'isole et qui a des difficultés à s'affirmer est ce qu'on appelle une «victime passive». Car il y a aussi des «victimes provocantes».
La victime provocante, c'est l'enfant agaçant, imprévisible et malhabile socialement. C'est l'hyperactif qui bouscule les autres, les provoque, réagit mal aux taquineries, donne des coups sans que rien ne soit jamais de sa faute. «Près de 2 victimes sur 5 sont des victimes provocantes, précise Richard Gagné. Contrairement à leurs camarades, ces enfants ne savent pas d'instinct comment agir en groupe pour se faire accepter et ne pas heurter les autres.»
Si les victimes passives suscitent l'empathie et la compréhension des adultes, on ne peut pas en dire autant des victimes provocantes. Les adultes ont tendance à leur lancer qu'elles font exprès de se faire détester, ce qui n'est pas sans les atteindre dans leur image d'elles-mêmes. Selon le psychologue scolaire, la grande caractéristique des souffre-douleur est l'absence de liens d'amitié. «L'enfant seul est en danger», insiste-t-il.
Si votre enfant n'a pas d'amis, «encouragez-le à tisser des liens», suggère Richard Gagné. Acceptez qu'il invite des copains à la maison. Permettez-lui d'organiser des partys, invitez-le à le faire. Laissez-le aller coucher ailleurs. Et incitez-le à développer ses talents en s'inscrivant à des activités (échecs, musique, sports...) où il pourra rencontrer des jeunes qui partagent ses goûts.

