Sournois, les handicaps invisibles peuvent altérer de façon dramatique le quotidien des personnes qui en sont atteintes. Face à l’incompréhension de l’entourage, l’envie de s’isoler peut devenir irrésistible.
Une femme se tient au bas d'un grand escalier. Des yeux, elle cherche un ascenseur. Il n'y en a pas. Résignée, elle entreprend, lentement, la montée. Après quatre ou cinq marches, elle est déjà à bout de souffle et doit faire une pause. Elle reprend l'ascension, s'arrête de nouveau. Elle sent sur elle les regards méprisants des gens qui doivent la contourner. Un individu s'exclame à voix haute: «Elle n'a qu'à maigrir!». Elle sent son visage devenir écarlate. Elle est un peu ronde, c'est vrai. Mais son essoufflement et ses vertiges ne sont pas causés par son embonpoint, mais plutôt par l'affection cardiaque sévère dont elle souffre depuis quelques années. La tentation est grande de retourner chez elle et de s'y enfermer pour fuir ces agressions quotidiennes qui la heurtent toujours aussi profondément. Elle ferme les yeux, tente de retrouver son calme puis se remet péniblement en mouvement.
Moins de discrimination, plus d'incompréhension
Le dictionnaire de médecine Flammarion définit ainsi le terme handicap: «désavantage résultant d'une déficience ou d'une incapacité qui gêne ou limite le sujet dans l'accomplissement de son rôle social.» On pense tout de suite à une personne qui se déplace en fauteuil roulant ou à un aveugle qui circule avec une canne blanche. Parfois, cependant, le handicap, bien que tout à fait réel, est difficilement perceptible par autrui. On le qualifie alors d'invisible.
Ce caractère d'invisibilité a certes des avantages, le plus notable étant que ceux qui en souffrent sont moins susceptibles de faire l'objet de discrimination a priori. Par contre, parce que leur condition médicale n'est pas apparente, ils s'exposent régulièrement à l'incompréhension et au jugement désapprobateur des tiers.
Des exemples?
Il y a l'individu qui souffre d'un traumatisme crânien et qui, en dépit d'une apparence tout à fait normale, éprouve des problèmes d'organisation, d'attention et de mémoire. Sa lenteur et sa fatigue continuelle exaspèrent son entourage qui juge qu'il ne fait pas suffisamment d'efforts.
Il y a aussi cet élève qui a des troubles d'apprentissage, ce qui lui vaut les qualificatifs de paresseux, de peu motivé ou d'indifférent.
Puis, il y a la personne malentendante qu'on croit stupide ou hautaine parce qu'elle ne répond pas aux salutations de son interlocuteur.

