Une histoire de maïs soufflé

Pour être franche, je dois admettre que je ne m'étais jamais arrêtée à la question des handicaps invisibles, ni sur leurs effets sur la vie quotidienne jusqu'au jour où je suis allée au cinéma en compagnie de mon amoureux et de mon fils.

Comme souvent, en pareilles circonstances, nous avions apporté notre propre maïs soufflé, notre fils ne pouvant consommer celui qui est vendu sur place en raison d'allergies alimentaires multiples. Ce jour-là, donc, bien installés dans nos fauteuils, nous avons extrait d'un sac à dos le maïs soufflé fait maison, encore tiède. Je me réjouissais à l'avance à l'idée de déguster cette petite gâterie lorsque mon regard a croisé celui d'un spectateur, assis un peu plus loin dans la même rangée que nous. Un regard dégoulinant de mépris. L'individu s'est avancé sur son siège pour regarder, presque avec ostentation, notre petit en-cas, puis m'a fixée de nouveau. Il n'a rien dit mais son message n'aurait pu être plus clair: «Comment peut-on être assez radin pour apporter son maïs soufflé au cinéma?».

Les lumières se sont finalement éteintes. Mon fils, heureusement, n'avait pas remarqué le manège du quidam. Je venais, pour ma part, de réaliser que la condition médicale «invisible» de mon petit bonhomme risquait d'affecter sa vie sociale d'une manière qui m'avait échappé jusque-là. J'ai quand même mangé mon maïs soufflé. Serez-vous surpris si je vous avoue qu'il n'avait pas le même goût que d'habitude?