Quoi de plus paniquant que d’ignorer où se trouve son enfant? C'est ce que vivent chaque année au Québec des milliers de parents. Comment réagir?
Intervenante de l'organisme Parents en marge de la rue, auprès des parents dont les enfants sont en fugue, Anne Boutin précise qu'il existe deux types de fugues: la réaction spontanée et celle qui est planifiée.
Rares sont les jeunes qui fuguent par plaisir. «La réaction spontanée est habituellement reliée à un conflit, un événement. Le jeune voit à ce moment-là la fugue comme la seule solution possible pour s'échapper ou éviter de faire face à ses problèmes. C'est très difficilement prévisible», explique l'intervenante. «Dans d'autres cas, la fuite est réfléchie et planifiée. C'est le moyen que l'adolescent a trouvé pour attirer l'attention, faire réagir l'adulte ou demander de l'aide», ajoute-t-elle.
Des fugueurs troublés et anxieux
S'il n'existe pas de profil type, les statistiques montrent toutefois que la majorité des fugueurs ont entre 12 et 17 ans. Garçons et filles seraient aussi nombreux à fuguer, même si certains parents auraient tendance à émettre un avis de disparition plus rapidement lorsqu'il s'agit d'une fille.
Sur le plan individuel, les fugueurs éprouvent souvent des troubles affectifs, des problèmes d'attachement. Ils vivent de l'anxiété plus ou moins contenue, ont une faible estime d'eux-mêmes, démontrent de la méfiance envers les figures d'autorité et clament l'injustice ou se questionnent sur leur orientation sexuelle.
De nombreux fugueurs ont grandi dans un contexte socio-économique précaire, proviennent d'une famille éclatée où il y a eu coupure de liens ou ont été victimes de violence et de négligence. On peut également observer des constantes sur le plan scolaire: échecs répétés, absentéisme, conflits avec les pairs et fréquentations peu recommandables.
La première chose à faire?
«La première chose à faire, c'est d'appeler la police», affirme d'emblée Anne Boutin. Il faut montrer clairement à l'enfant qu'on ne le laissera pas faire sans réagir. Sa liberté en prend tout de suite un coup quand le jeune sait qu'un avis de fugue a été émis à son endroit», note-t-elle.
«Ensuite, poursuit l'intervenante, il faut appeler les amis de l'enfant et leurs parents. Souvent, des parents hébergent un fugueur sans même le savoir. Et il ne faut pas compter sur les jeunes pour parler. Souvent, ils ne diront rien, de peur de trahir leur ami», explique madame Boutin.

