Mardi matin, 7 h 30. La petite dernière a été malade toute la nuit. Elle dort à poings fermés et semble ne plus vouloir se réveiller. L'aîné, lui, vient de renverser son lait au chocolat sur son pantalon. Peu revigorée par vos quatre heures et quart de sommeil, vous picorez un croissant, tout en coiffant vos cheveux et en suppliant fiston de ne pas marcher dans la flaque de lait au chocolat...

7 h 42. Fillette est enfin réveillée. Elle trime dur pour enfiler ses chaussettes, mais pas question de l'aider. «J'sus capabe!» Fiston ne voit rien, tout absorbé qu'il est par sa bande dessinée. Vous finissez de vous préparer tout en rangeant un peu la cuisine...

7 h 55. «Vite les enfants, il faut se dépêcher!» Aucune réaction de part et d'autre. Émilie vous explique que dorénavant elle est un serpent à sonnettes... Mathieu, lui, vous demande de lui expliquer où est la Syldavie...

8 h 03. Vous voilà enfin dehors! Bon, avez-vous votre porte-documents? La boîte à lunch de Mathieu? Le formulaire à remettre à l'éducatrice d'Émilie? Avez-vous pensé à mettre le bac à récupération à la rue? Avez-vous déconnecté la cafetière?

8 h 36. Vous voilà au bureau avec 6 minutes de retard! Personne ne se doute que vous venez de réaliser un autre miracle matinal... On est plutôt du genre à vous faire les gros yeux...

Les joies du matin

Pour nombre de parents, c'est là un scénario classique. À peine les yeux ouverts, il faut opérer à plein régime... sans prendre le temps de VIVRE les joies du matin avec les enfants! Contrairement aux adultes, les petits n'ont pas la notion du temps. Pour eux, seul le moment présent importe. «Non seulement nous leur imposons nos horaires chargés et nous les pressons constamment, mais nous leur enlevons une partie de leur enfance en refusant de partager avec eux les plaisirs du matin», confie Michèle, intervenante communautaire, mère de jumeaux de 6 ans.

«Ce n'est pas de laisser mon fils de 3 ans à la garderie que je trouve difficile», explique pour sa part Marie, linguiste dans une entreprise privée, «c'est de devoir le faire courir tous les jours pour arriver à une heure précise. Ça me brise le coeur de refuser de lui lire une histoire le matin parce que nous sommes pressés... Et je trouve très difficile de le réveiller avant qu'il n'ait finit de dormir...».

La plupart des services de garde offrent maintenant des horaires un peu plus flexibles, mais plusieurs n'offrent encore que la formule du 8 à 18 heures. Les employeurs, eux, ont encore beaucoup de chemin à faire...