On ne prend plus au sérieux les péchés capitaux contre lesquels Saint Thomas d’Aquin mettait les croyants en garde. Mais l’avarice est toujours répréhensible!
On ne craint plus Dieu! Ce que l'on craint surtout, c'est qu'un méchant collègue décharge sur You Tube le film du dernier party de Noël au bureau. Ainsi, l'avarice ne fait plus peur aux ouailles, mais elle a conservé tout son caractère répréhensible.
La charité, l'une des trois vertus théologales, pousse régulièrement des finissants en sciences sociales de l'Université du Québec sur les sentiers poussiéreux de la coopération internationale.
Dans les rizières impaludées par la savane asséchée ou sur les hauts plateaux dégarnis, ces jeunes idéalistes s'émeuvent chaque fois d'être reçus par les populations les plus pauvres de la planète, «qui n'ont rien et qui partagent tout». Voilà une grâce que ne connaîtra jamais le finissant en finances embauché comme apprenti chez Donald Trump. «Fired!» se fera-t-il dire, avant même d'avoir posé le pied sur le premier échelon du succès: la chute n'est pas bien haute, si c'est une consolation. En l'occurrence, pas de parachute doré.
Qui donne aux pauvres prête à Dieu
Ceux qui n'ont rien donnent tout, ceux qui ont tout en veulent encore plus. Normalement, ceux qui n'ont rien et qui donnent tout devraient bien s'entendre avec ceux qui ont tout et qui en veulent encore plus. Le problème, c'est que ceux qui n'ont rien et qui donnent tout n'ont plus rien à donner à ceux qui ont tout et qui en veulent plus! Ceux qui ont tout et qui en veulent plus sont alors obligés d'aller taper ceux qui n'ont plus beaucoup, mais à qui il en reste encore un peu tout de même. Le problème, c'est que ceux qui ont peu sont généralement jaloux du peu qu'ils ont, et voudraient bien être dispensés de le restituer à ceux à qui le tout est destiné, c'est-à-dire à ceux qui ont déjà tout. Question de rendre à César.
Entre ceux qui n'ont rien mais qui donnent tout et ceux qui ont tout et qui en veulent encore plus, ceux qui n'ont plus beaucoup mais à qui il en reste encore un peu tout de même, sont de moins en moins nombreux. Ils s'accrochent au peu qu'il leur reste, mais ce peu trouve moyen d'aller retrouver le beaucoup de ceux qui ont tout. La richesse, comme la pauvreté, est grégaire.
Résultat, le peu dont disposaient ceux qui n'avaient plus beaucoup étant parti grossir le beaucoup de ceux qui avaient déjà tout, ceux qui disposaient de peu finissent par n'avoir plus rien du tout, et partent grossir les rangs de ceux qui n'ont plus rien et qui donnent tout. On comprendra que ceux qui n'ont plus rien et qui donnent tout sont beaucoup plus nombreux que ceux qui ont tout et qui en veulent encore plus. Ceux-ci ne sont pas beaucoup et sont toujours les mêmes: ils se marient entre eux et leurs enfants finissent par avoir des queues de cochon.

