Épidémie d'obésité, de grippe aviaire, dangers «mortels» des frites et autres spectres de «malbouffe», prescriptions d'aliments «anti-ceci» ou «pour cela». Garder la ligne ou la retrouver à n'importe quel prix. Atteindre le poids-santé. Les informations se croisent et se contredisent... Résultat: confusion, stress, culpabilité.

 

Analysons ce contexte propre à notre époque et changeons d'attitude pour retrouver le plaisir de manger!

Que ce soit en chassant ou en cueillant, se procurer de la nourriture était jadis un acte quotidien de survie. Avec le temps, la saison, la famille, la religion, la culture et même la politique ont fini par dicter le rythme des repas et le contenu de l'assiette.

Abondance et sédentarité

La révolution industrielle a transformé nos habitudes à table. On mange moins en famille, plus souvent en solitaire, sur le pouce, à des heures très variables et en dehors de chez soi. Même si dans nos pays riches certains vivent des situations dramatiques d'insécurité alimentaire, la modernité nous a libérés de l'angoisse de l'assiette vide. Mais la variété, l'abondance, le manque de temps et la perte de repères sociaux compliquent nos choix alimentaires. Nous vivons dans un environnement «obésogène»: sédentarité croissante, diminution des dépenses énergétiques, augmentation de l'offre alimentaire... On a accès en tout temps à une abondance de produits variés et abordables: une première dans l'histoire de l'humanité, tout comme les paradoxes qui en découlent. 

Des informations contradictoires

Une étude du Groupe de recherche Médias et santé de l'UQAM révèle que l'information en santé et en alimentation dans les médias québécois s'avère redondante, contradictoire et ambiguë. Le public est saturé. Il garde une impression de survol et se sent confus face aux multiples points de vue. En conséquence, il reconnaît nier certaines informations. Rappelant la théorie de la «dissonance cognitive», les auteurs constatent que, pour rester en accord avec son mode de vie et diminuer sa confusion, le consommateur garde en mémoire uniquement les éléments justifiant son comportement: par exemple, ce type d'argument commercial annonçant «Zéro gras trans dans les chips»! Le marketing sait très bien comment inciter le consommateur aux «plaisirs coupables»: en le déculpabilisant.

Entrecoupant le chant des sirènes publicitaires, le cri des cassandres de la santé publique nous parvient quotidiennement aux oreilles, rabâchant les conséquences critiques de la sédentarité et des mauvais choix alimentaires. Cette cacophonie médiatique est d'ailleurs en partie tenue responsable de l'augmentation du «syndrome de stress alimentaire», lequel, à une autre époque, nous aurait sans doute poussés à boire.