Exorciser ses craintes
Toutefois, entre la vérité d'un journal télévisé et l'univers d'un polar, se crée une zone de confort où se déploie l'effet cathartique. En nous identifiant aux héros, en étant confrontés à des situations de crise nous exorcisons ces craintes communes à tout être humain: la peur de la mort, l'épouvante devant une violence soudaine et incompréhensible, les spectres de la douleur, de l'abandon ou de la culpabilité. En vivant par procuration les conflits intérieurs, les combats que mènent les personnages, nous nous libérons momentanément de notre anxiété tout en nous distrayant et tout en nous réappropriant des émotions anciennes, celles que nous éprouvions lorsque nous étions enfants alors que les sorcières, monstres et fantômes des contes de fées nous procuraient de délicieux frissons.
Les oeuvres noires dissèquent les puissances du Mal, essaient de transformer le chaos en harmonie, nous présentent le pire et le meilleur de l'homme, nous disent que l'équilibre est une vertu en nous peignant des personnages que les passions exacerbées détruisent. Ils nous réconfortent en nous rappelant que nous sommes privilégiés de lire un roman ou de regarder un film policier dans la quiétude de notre foyer et ils nous consolent d'une déception ou d'un chagrin par l'évasion qu'ils nous offrent en multipliant les rebondissements, en nous étonnant sans cesse. N'est-ce pas Romain Gary qui écrivait que «les neuf dixièmes de la joie, c'est la surprise?»
Romancière prolifique, Chrystine Brouillet ne fait pas dans la dentelle quand il s'agit d'occire un personnage. Elle réfléchit ici sur la puissance du polar à transformer la noirceur en merveille.

